Mali : Jeune Afrique interdit par les autorités, le mensuel dénonce une décision « diffamatoire »

Mali : Jeune Afrique interdit par les autorités, le mensuel dénonce une décision « diffamatoire »

17 janvier 2026 Non Par LA RÉDACTION

Au Mali, les autorités ont décidé d’interdire la circulation, la distribution et la vente du magazine Jeune Afrique. La mesure, annoncée dans une décision officielle datée du 16 janvier 2026 et signée par le ministre de l’Administration territoriale, le général Abdoulaye Maïga, suscite une vive réaction de la direction du journal.
Dans le document officiel, le gouvernement malien reproche au mensuel des « accusations fallacieuses » relatives à l’approvisionnement en carburant, une supposée « apologie du terrorisme », des allégations d’exactions imputées aux forces armées du Burkina Faso, ainsi qu’un « manque d’objectivité », de la « diffamation » et une « incitation à la haine ». Toutefois, aucune référence précise à des articles ou exemples concrets n’est fournie pour étayer ces accusations.
Ancien hebdomadaire devenu mensuel en 2020, Jeune Afrique diffuse désormais l’essentiel de ses contenus via son site internet. Au micro de RFI, François Soudan, directeur de la rédaction, a fermement rejeté les motifs avancés par les autorités maliennes.
Il estime que certaines accusations relèvent d’un discours désormais classique des régimes militaires de la région. Selon lui, toute critique est automatiquement assimilée à une apologie du terrorisme ou à une incitation à la haine. En revanche, François Soudan reconnaît que deux sujets traités par le magazine ont particulièrement dérangé les autorités : la couverture de la crise du carburant et les enquêtes sur les exactions commises contre des populations civiles, aussi bien par des groupes jihadistes que par des forces régulières et des groupes armés alliés, notamment les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) ou l’ex-groupe Wagner, devenu Afrikacorps.
Le directeur de Jeune Afrique affirme que ces enquêtes contredisent le discours officiel et reposent sur un travail journalistique rigoureux. Il qualifie la décision des autorités maliennes de « regrettable » et « archaïque » à l’ère du numérique, estimant qu’elle porte atteinte au droit des citoyens maliens à une information pluraliste. Il assure néanmoins que cette interdiction n’entamera en rien la détermination du journal à poursuivre une information « objective et équilibrée ».
Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de restrictions médiatiques au Mali. Les chaînes RFI et France 24 sont suspendues de manière permanente depuis 2022, tandis que TV5 Monde est interdite de diffusion depuis mai 2025.

Avec RFI