CRIEF : le parquet hausse le ton face aux menaces de débrayage des huissiers
5 octobre 2026Le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a fermement réagi à la menace de débrayage brandie par la Chambre nationale des huissiers de justice de Guinée. Dans un communiqué publié le 5 octobre 2026, il défend la procédure engagée contre deux huissiers et affirme qu’aucune pression ne modifiera l’orientation du dossier.
La réaction du parquet intervient après l’assemblée générale extraordinaire de la Chambre nationale des huissiers de justice, tenue le vendredi 2 octobre. À cette occasion, le président de la Chambre, Me Aboubacar Camara, avait annoncé que les huissiers pourraient engager un mouvement de débrayage si leurs confrères placés sous mandat de dépôt ne recouvraient pas leur liberté.
Les deux personnes concernées sont Me Sory Daouda Camara, huissier de justice, et Mandjou Sangaré, présenté comme stagiaire au moment des faits et devenu depuis huissier de justice.
Une affaire déclenchée par une plainte d’Ecobank
L’affaire trouve son origine dans une plainte déposée le 16 juin 2026 par Ecobank Guinée SA auprès du parquet spécial de la CRIEF.
La banque accuse notamment Me Halimé Saad Chalhoub, Me Sory Daouda Camara et Mandjou Sangaré de faits présumés d’escroquerie au jugement, de faux en écriture publique et authentique, d’usage de faux, d’usurpation de titre et de fonction et de complicité.
Au cœur du dossier se trouve une procédure de saisie-attribution engagée en 2018 dans le cadre d’une créance revendiquée par Me Halimé Saad Chalhoub contre le Centre commercial Africof de Madina.
Le parquet soutient que la société Africof avait auparavant fait l’objet d’une procédure de liquidation et que ses comptes auprès d’Ecobank avaient été clôturés en août 2014.
Malgré cette procédure collective, une saisie-attribution aurait été engagée en avril 2018 auprès de plusieurs banques, dont Ecobank.
Le procès-verbal au centre du contentieux
Selon le parquet, Mandjou Sangaré aurait procédé à la signification du procès-verbal de saisie alors qu’il ne disposait pas, à cette époque, de la qualité d’huissier assermenté lui permettant d’accomplir certains actes relevant du ministère d’huissier.
Le document aurait ensuite été signé et authentifié par Me Sory Daouda Camara.
Le parquet rappelle qu’un jugement rendu le 29 novembre 2018 avait déclaré nul le procès-verbal de saisie-attribution concerné.
Cependant, la procédure judiciaire s’est poursuivie devant les juridictions supérieures. Le parquet cite notamment un arrêt de la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA) rendu le 2 octobre 2025, qui aurait condamné Ecobank Guinée au paiement des causes de la saisie et d’autres sommes.
La banque aurait ensuite reçu, le 12 mai 2026, un commandement de payer portant notamment sur 4,602 millions de dollars américains et plus de 3,099 milliards de francs guinéens.
Le parquet justifie le mandat de dépôt
Après l’enquête préliminaire menée par l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF), le parquet indique avoir entendu les différentes parties concernées.
Il affirme que Me Halimé Saad Chalhoub a quitté la Guinée pour l’étranger après la clôture de l’enquête.
Me Sory Daouda Camara et Mandjou Sangaré ont, quant à eux, été déférés devant la CRIEF et placés sous mandat de dépôt suivant la procédure de flagrant délit.
Pour le parquet, cette mesure est conforme au Code de procédure pénale et s’explique notamment par la gravité des faits qui leur sont reprochés.
Leurs conseils ont sollicité leur mise en liberté, mais cette demande a été rejetée par la juridiction de jugement.
« La procédure se poursuivra jusqu’à son terme »
Face à la mobilisation de la corporation des huissiers, le parquet spécial affirme que l’affaire concerne des personnes déterminées et non l’ensemble de la profession.
Il appelle ainsi les acteurs concernés à privilégier les arguments juridiques devant les juridictions plutôt que les actions corporatistes.
Le parquet rappelle également que seule la juridiction de jugement peut se prononcer sur la culpabilité ou l’innocence des prévenus.
Dans sa conclusion, il réaffirme que « la procédure judiciaire en cours se poursuivra jusqu’à son terme », tout en promettant le respect des droits de la défense et de la présomption d’innocence.
Le parquet prévient enfin qu’il « ne cédera à aucune pression » et assure que des dispositions seront prises pour garantir la continuité du procès.
Doura



