Dubréka : face aux mangroves détruites et aux terres agricoles remblayées, Charles Wright hausse le ton

Dubréka : face aux mangroves détruites et aux terres agricoles remblayées, Charles Wright hausse le ton

24 juin 2026 Non Par LA RÉDACTION

REPORTAGE. Après Siguiri, le procureur spécial de la CRIEF, Alphonse Charles Wright, a posé ses valises à Dubréka. Dans cette préfecture située aux portes de Conakry, le magistrat est allé constater lui-même les atteintes à l’environnement qui se multiplient depuis plusieurs années. Mangroves détruites, domaines agricoles remblayés, spéculation foncière galopante : le constat dressé sur le terrain est alarmant.


Dubréka, nouvelle cible de la pression foncière
À mesure que Conakry s’étend, Dubréka attire de plus en plus de promoteurs, de particuliers et de spéculateurs fonciers. Cette proximité avec la capitale transforme progressivement les paysages de la préfecture.
Des zones autrefois réservées à l’agriculture ou à la préservation de l’écosystème sont aujourd’hui convoitées pour l’habitat. Sur le terrain, les témoignages se multiplient. Des mangroves sont remblayées, des terres agricoles morcelées et certaines parcelles font l’objet de transactions controversées.
C’est pour mesurer l’ampleur du phénomène que le procureur spécial de la CRIEF a effectué une visite surprise, mardi. Sur le terrain,  Charles Wright exige  d’être accompagné du procureur de Dubréka, du secrétaire général chargé des collectivités, des directeurs préfectoraux de l’Agriculture, de l’Environnement et de l’Habitat ainsi que de l’imam de la Grande Mosquée de Dubréka.

Derrière l’ENI de Madina, les mangroves sous pression
Premier arrêt de la mission : le quartier Madina, derrière l’École normale d’instituteurs (ENI).
Sur place, de vastes étendues de mangroves sont menacées par des projets présentés comme des initiatives d’élevage. Mais derrière ces justifications, les autorités soupçonnent des opérations de transformation foncière susceptibles d’ouvrir la voie à une urbanisation progressive de la zone.
Le procureur spécial multiplie les échanges avec les responsables locaux et recueille les explications des services techniques présents sur le terrain.
Dofili 2 : les images qui ont choqué le procureur
La délégation met ensuite le cap sur Dofili 2.
Là, le spectacle est saisissant. Plusieurs hectares de terres agricoles sont en cours de remblayage. Des engins ont déjà modifié le paysage d’une zone pourtant identifiée comme domaine agricole.
Face aux images, Alphonse Charles Wright ne cache pas sa colère.
Les responsables techniques tentent d’expliquer la situation. La directrice préfectorale de l’Agriculture affirme que le site comprend plusieurs zones et que certaines démarches ont été engagées auprès du ministère pour des aménagements à vocation agricole.
Selon elle, une partie du domaine a même produit du riz cette année.
Des arguments qui ne semblent pas convaincre le magistrat.
« Ici, il n’y aura rien »
Au milieu du site, Charles Wright prend une position ferme.


« Je prendrai une réquisition d’interdiction ici. Il n’y aura rien. C’est terminé. Je vous attends lundi à la CRIEF », lance-t-il aux responsables concernés.
Pour lui, l’affaire révèle une confusion inquiétante entre foncier rural et foncier urbain.
« C’est une zone qui relève de l’agriculture. Ce n’est pas une zone d’urbanisme. Là où l’on doit produire pour nourrir les populations, on construit. Ce n’est pas normal », déclare-t-il devant les autorités locales.
« Il faut rétablir cette zone »
Le procureur spécial estime que l’État doit impérativement préserver les terres agricoles et les espaces écologiques.
Il salue au passage l’intervention du procureur de Dubréka qui aurait contribué à suspendre certaines opérations de partage de parcelles.
« Si nous fermons les yeux ailleurs, nous les ouvrons à Dubréka pour la protection de l’environnement. Il faut rétablir cette zone », insiste-t-il.
Tout en rappelant qu’il agit au nom de l’intérêt général, le magistrat assure que sa démarche vise avant tout à corriger les dérives constatées sur le terrain.
« Un procureur agit au nom de la société. Tant que la société est protégée, les institutions sont protégées », affirme-t-il.
Après Siguiri, la CRIEF élargit son champ d’action
Cette mission intervient quelques jours après une descente similaire à Siguiri. Elle marque également une nouvelle étape dans l’action d’Alphonse Charles Wright depuis l’élargissement des prérogatives de la CRIEF à certaines questions liées à l’environnement, à la santé publique et à la protection des biens collectifs.
À Dubréka, le message est désormais clair : les remblayages illégaux, la destruction des mangroves et l’occupation anarchique des domaines agricoles sont désormais dans le viseur de la justice.

Abdourahmane Koula Diallo