Niger : un officier accuse le Tchad, la France et des pays voisins d’avoir soutenu la mutinerie avortée
2 septembre 2026NIAMEY — De nouvelles accusations émergent après la tentative de mutinerie qui a secoué le Niger dans la nuit du 28 au 29 août 2026. Dans son journal télévisé du 1er septembre, la chaîne publique Télé Sahel a diffusé le témoignage d’un officier présenté comme le capitaine Roger Gabriel, qui affirme que plusieurs acteurs étrangers et des proches de l’ancien président Mohamed Bazoum auraient été impliqués dans le mouvement.
Selon cet officier du 1er bataillon de parachutistes, des membres de la garde présidentielle et des militaires impliqués dans la mutinerie auraient tenté de le convaincre de mettre ses troupes à la disposition des insurgés. Il affirme avoir refusé après avoir compris qu’une tentative de prise de pouvoir était en cours.
Le capitaine Gabriel affirme également avoir été contacté à deux reprises par un officier tchadien. Celui-ci lui aurait indiqué que des forces spéciales tchadiennes et françaises étaient prêtes à apporter leur soutien aux mutins.
L’officier nigérien affirme par ailleurs avoir reçu des sollicitations de membres de la famille de Mohamed Bazoum. Ceux-ci lui auraient assuré que des « partenaires internationaux » étaient disposés à intervenir en soutien au soulèvement.
Toujours selon son témoignage, plusieurs appels provenant de numéros localisés en France, en Belgique et à Dubaï lui seraient parvenus. Il évoque également un message WhatsApp qu’il attribue au chef de l’armée de l’air tchadienne et dans lequel ce dernier l’aurait exhorté à soutenir la mutinerie.
Le Bénin et la Côte d’Ivoire également cités
Le capitaine Gabriel met aussi en cause le Bénin et la Côte d’Ivoire. Il affirme que le président béninois aurait écourté un déplacement en Côte d’Ivoire pour suivre l’évolution de la situation au Niger.
Il soutient également que des militaires français stationnés à Abidjan se seraient préparés à intervenir après avoir obtenu, selon lui, l’autorisation de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Ces accusations, particulièrement graves, n’ont toutefois pas fait l’objet d’une vérification indépendante. Les autorités nigériennes n’ont pas officiellement commenté ces déclarations et le général Abdourahamane Tiani ne s’était pas encore adressé à la nation au moment de la diffusion du reportage.
Le média Sahel Brut, réputé proche de la junte nigérienne, a néanmoins suggéré sur le réseau social X que le témoignage pourrait être crédible, en affirmant que le capitaine Gabriel serait lié par alliance à la famille Bazoum. Cette affirmation n’a pas non plus pu être vérifiée indépendamment.
N’Djamena dément les accusations
Au Tchad, les accusations ont suscité une réaction indirecte du président Mahamat Idriss Déby. Selon le média Alwihda Infos, le chef de l’État tchadien a publié sur les réseaux sociaux un verset du Coran : « Et ne mêlez pas le mensonge à la vérité. Ne dissimulez pas sciemment la vérité. »
Des sources militaires tchadiennes citées par le même média ont formellement rejeté les accusations d’implication de N’Djamena dans la tentative de mutinerie. Aucun communiqué officiel tchadien n’avait toutefois été publié au moment de ces déclarations.
La France, le Bénin et la Côte d’Ivoire n’avaient, eux non plus, pas officiellement réagi.
Ces accusations interviennent dans un contexte de fortes tensions entre le Niger et plusieurs pays de la région depuis le coup d’État de juillet 2023. Elles pourraient également compliquer les efforts de rapprochement engagés récemment entre Niamey et certains de ses voisins.
Pour les autorités nigériennes, présenter la tentative de mutinerie comme le résultat d’un complot impliquant des puissances étrangères et des États voisins pourrait ainsi renforcer le discours de la junte sur les menaces extérieures auxquelles elle affirme être confrontée.
Yayé Barry



