Mali : les détails sur la double attaque jihadiste contre la mine de Morila
7 janvier 2026Au Mali, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda, intensifie depuis septembre une stratégie qualifiée de « jihad économique ». En multipliant les attaques contre les camions-citernes, les infrastructures industrielles et les sites miniers, le groupe armé cherche à perturber l’approvisionnement en carburant et à fragiliser l’économie nationale. La mine d’or de Morila, dans la région de Bougouni, a été la cible d’une double attaque le week-end dernier.
Après l’enlèvement de travailleurs chinois sur un site minier à Kalana, près de Yanfolila, le 26 décembre, puis l’incendie d’engins sur la mine de Denso le 2 janvier, les jihadistes ont frappé à Morila, un site stratégique dont l’exploitation doit être relancée.
Une attaque en deux temps
La mine d’or de Morila appartient à la Société de recherche et d’exploitation des ressources minérales (Sorem), une entreprise publique rattachée au ministère malien des Mines. En octobre 2025, la Sorem a signé un accord avec le groupe américain Flagship Minerals pour reprendre l’exploitation du site, à l’arrêt depuis 2020.
Selon un document interne de la Sorem daté du lundi 5 janvier, consulté par RFI, l’attaque s’est déroulée en deux phases. Le samedi 3 janvier, aux environs de 13 heures, des hommes armés s’introduisent sur le site en passant par une fosse située dans la commune de Domba. Leur nombre et leur identité ne sont pas précisés. Les 18 gendarmes chargés de la sécurité du site, jugés insuffisants, ne parviennent pas à contenir l’assaut.
Les assaillants prennent alors le contrôle de la mine, incendient et criblent de balles plusieurs véhicules et infrastructures, avant de se retirer une heure et demie plus tard. Aucun mort n’est signalé, mais sept personnes sont enlevées : deux employés de la mine et cinq agents de sécurité, qualifiés dans le document de « civils » issus des Forces armées maliennes.
Otages libérés et intervention militaire
Le lendemain, dimanche, à 6h40, les jihadistes reviennent sur le site. De nouveaux engins et bâtiments sont incendiés ou endommagés. Les sept otages sont alors libérés, sans que le document ne précise les conditions de leur relâchement ni l’existence éventuelle de contreparties.
Vers 10h30, les assaillants quittent définitivement la mine. Deux heures plus tard, des gendarmes maliens des forces spéciales sont déployés sur place par hélicoptère, accompagnés de leurs « partenaires », une formulation qui semble faire référence à l’Africa Corps russe. Les forces déployées resteront au moins 48 heures sur le site afin de « ratisser et sécuriser la zone ».
Une situation économique et sécuritaire préoccupante
Dans son rapport, la Sorem insiste sur « l’urgence de renforcer le dispositif sécuritaire » de la mine de Morila. Elle souligne également les difficultés sociales, avec des retards de salaires accumulés par les employés depuis février 2025.
La société pointe enfin l’impact direct de la pénurie de carburant, largement attribuée aux actions du Jnim. Cette situation limite la mobilité du personnel, empêche l’approvisionnement des véhicules et entraîne des coupures d’électricité, faute de carburant pour alimenter les générateurs. « Morila est plongée dans l’obscurité », alerte la Sorem, qui estime que cette crise constitue un risque sécuritaire supplémentaire.
Face à ces menaces, l’entreprise publique appelle à un « soutien financier et militaire de l’État malien » pour protéger ses sites. Son partenaire américain Flagship Minerals se dit, de son côté, « préoccupé » par une situation qui « affecte durement la confiance des actionnaires et des investisseurs ».
Une inquiétude qui rejoint précisément l’objectif poursuivi par le Jnim : affaiblir l’État malien en s’attaquant à ses intérêts économiques et stratégiques.
Avec RFI



