Les points de divergence s’accumulent entre Trump et Nétanyahou

Les points de divergence s’accumulent entre Trump et Nétanyahou

11 mai 2025 Non Par LA RÉDACTION

Entre la trêve surprise avec les Houthis du Yémen et les négociations sur le nucléaire iranien, les points de divergence s’accumulent entre le président des États-Unis et le premier ministre d’Israël.

Benyamin Nétanyahou et Donald Trump.

Le président des États-Unis, Donald Trump, rencontre le premier ministre d’Israël, Benyamin Nétanyahou, dans le bureau ovale de la Maison-Blanche à Washington, le 7 avril 2025.

Photo : Reuters / Kevin Mohatt

 

 

Contre toute attente, le président des États-Unis, Donald Trump, a annoncé mardi dernier un accord de trêve avec les Houthis du Yémen.

Ils ont dit : « S’il vous plaît, ne nous bombardez plus et nous n’attaquerons plus vos navires ». Je vais les croire sur parole. Nous allons arrêter immédiatement de bombarder les Houthis, a dit M. Trump dans une déclaration plutôt vague, au moment où il recevait le premier ministre du Canada, Mark Carney.

La déclaration du président des États-Unis laissait entendre que les Houthis avaient capitulé.

Quelques jours avant l’annonce de Donald Trump, le Pentagone affirmait que les forces américaines avaient mené des bombardements contre plus de 1000 cibles au Yémen depuis le 15 mars dernier.

Conflit au Moyen-Orient
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Un panache de fumée s'élève à la suite d'une frappe aérienne israélienne, dans la ville de Gaza, le samedi 7 octobre 2023.

Auparavant, les Américains avaient toutefois reconnu avoir perdu six drones de type MQ-9 Reaper, abattus par les Houthis qui, pour leur part, ont affirmé avoir abattu une vingtaine de ces drones.

Selon ABC News, l’armée de l’air des États-Unis possède environ 280 exemplaires de ces drones. Chacun coûterait 28 millions de dollars américains.

Dans la foulée, l’armée américaine a également indiqué que deux avions F-18 avaient été perdus dans la mer Rouge.

Selon l’armée américaine, un de ces avions serait tombé en mer lors d’une manœuvre du porte-avion Truman, qui faisait partie du dispositif des attaques américaines contre les Houthis à partir de la mer Rouge.

Le média américain The National Interest a affirmé que les deux pilotes de l’avion avaient été blessés.

Après l’annonce de M. Trump, le sultanat d’Oman a déclaré qu’il avait servi de médiateur dans le processus d’accord de cessez-le-feu entre Washington et les Houthis.

L’accord stipule un arrêt des hostilités entre les États-Unis et les Houthis, selon le communiqué précisant que cet accord concernait les navires américains circulant en mer Rouge et dans le détroit de Bab al-Mandab.

Des manifestants brandissant des armes et des pancartes.

Manifestation à Sanaa vendredi en solidarité avec les Palestiniens de la bande de Gaza.

Par ailleurs, le communiqué du sultanat d’Oman ne fait aucune mention d’un arrêt des attaques contre Israël.

Or, l’engagement américain en mer Rouge était motivé par les attaques contre des navires considérés par les Houthis comme ayant un lien avec Israël. Les Houthis ont mené des centaines d’attaques contre des navires depuis novembre 2023.

En juillet 2024, la direction du port israélien d’Eilat, sur la mer Rouge, avait annoncé que le port était au bord de la faillite, avec une baisse de 80 % de ses activités.

La guerre contre Israël se poursuit

Jeudi, le leader des Houthis, Sayed Abdelmalek Al-Houthi, a déclaré dans un discours télévisé que la priorité claire et déclarée pour le Yémen est la solidarité avec le peuple palestinien contre l’Occupation [d’Israël, NDLR], précisant que le soutien se ferait soit par des tirs en direction de la Palestine occupée [par Israël, NDLR], soit par le blocage des navires israéliens.

Par ailleurs, le dirigeant des Houthis a indiqué que son mouvement avait mené des opérations contre plusieurs cibles en Israël.

Le 4 mai dernier, un missile a atterri dans l’enceinte de l’aéroport international de Tel-Aviv.

En représailles, l’armée israélienne a bombardé l’aéroport de Sanaa, le mettant hors service. Elle a attaqué également des infrastructures énergétiques et une cimenterie.

Froid entre Trump et Nétanyahou

L’annonce de la trêve entre Washington et les Houthis a suscité de nombreuses réactions en Israël, à commencer par le premier ministre Benyamin Nétanyahou, qui a déclaré qu’Israël se défendra seul partout, contre toute menace.

Les médias israéliens ont pour leur part abondamment commenté cette trêve. Des commentateurs israéliens ont déploré notamment l’absence de coordination avec Israël avant de prendre la décision d’arrêter les hostilités.

D’autres commentateurs ont considéré la décision de Donald Trump comme un abandon d’Israël.

À la suite de la multiplication des commentaires critiques envers les États-Unis, l’ambassadeur des États-Unis en Israël a déclaré que l’accord avec les Houthis n’a pas besoin d’une autorisation des Israéliens, soulignant que si un Américain est tué par les Houthis, les Américains riposteraient.

Plusieurs médias internationaux ont évoqué un froid entre le président Trump et le premier ministre Nétanyahou. Les proches collaborateurs du président américain ont informé l’équipe du premier ministre israélien qu’il n’y aurait pas de contacts téléphoniques entre les deux dirigeants.

Lors de son prochain voyage au Moyen-Orient, M. Trump se rendra aux Émirats arabes unis, au Qatar et en Arabie saoudite, mais ne s’arrêtera pas en Israël.

Divergences sur l’Iran

L’épisode yéménite a aussi mis en lumière des divergences entre MM. Trump et Nétanyahou sur le dossier du nucléaire iranien.

L'envoyé spécial américain au Moyen-Orient Steve Witkoff et le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi.

L’envoyé spécial américain au Moyen-Orient, Steve Witkoff, et le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi.

Dès l’annonce du début des négociations entre Washington et Téhéran sur le nucléaire iranien, le gouvernement israélien a exprimé son opposition, préférant une attaque militaire contre les installations nucléaires iraniennes.

M. Nétanyahou a réclamé le 25 avril dernier le démantèlement total des infrastructures nucléaires iraniennes.

Selon lui, la République islamique d’Iran ne devrait pas avoir la capacité d’enrichir l’uranium.

Il a également affirmé dans la foulée qu’il était en contact avec Washington à ce sujet.

Plusieurs de ses ministres ont également menacé d’attaquer l’Iran alors que les négociations entre Téhéran et Washington sont qualifiées de « constructives » par les deux parties.

Selon des médias israéliens, M. Trump considère qu’il a été floué par M. Nétanyahou depuis qu’il a réalisé que le premier ministre israélien discutait directement avec son conseiller à la Sécurité, Mike Waltz, au sujet d’attaques contre l’Iran. M. Waltz a depuis quitté son poste de conseiller et a été nommé ambassadeur à l’ONU.

Après trois rencontres, Américains et Iraniens doivent se retrouver dimanche à Mascate, la capitale du sultanat d’Oman, qui assure la médiation entre les deux parties.

Radio Canada