Langues guinéennes : les déclarations de Djelykaba Bintou suscitent des interrogations sur leur rayonnement international
8 novembre 2026
Lors d’un concert à Paris, la chanteuse guinéenne Djelykaba Bintou a évoqué son ambition de faire découvrir les langues nationales au public international à travers la musique. Une déclaration qui comporte toutefois plusieurs approximations sur l’aire géographique de certaines langues parlées en Guinée et dans d’autres pays africains.
« La langue Malinké, je suis Malinké… la langue Malinké est universelle. Mais la langue Soussou, elle ne se parle qu’en Guinée. La langue Konianké, ça se parle qu’en Guinée, la langue Pular, ça se parle en Guinée. Donc, on va chanter dans ces langues pour que le monde entier apprenne à chanter dans ces langues grâce à nous. »
Ces propos de Djelykaba Bintou, artiste chanteuse très appréciée par les mélomanes guinéens, ont été tenus en marge d’un concert à Paris. À travers cette déclaration, l’artiste affiche son ambition de contribuer à la promotion des langues nationales guinéennes au-delà des frontières.
Si cette volonté de faire connaître les langues du pays à travers la musique est louable, certaines affirmations méritent néanmoins d’être nuancées au regard de la réalité linguistique de la sous-région.
Contrairement à ce qu’elle avance, le soussou n’est pas parlé exclusivement en Guinée. Cette langue est également présente en Sierra Leone, notamment dans les communautés frontalières. Le konianké, quant à lui, est parlé aussi bien en Guinée qu’au Liberia. Il en va de même pour le kissi, langue partagée entre les populations de ces deux pays.
La remarque est encore plus importante concernant le pular, également connu sous les appellations peul ou fulfuldé. Cette langue figure parmi les grandes langues transnationales du continent africain. Elle est parlée dans plusieurs pays, notamment en Guinée, en Guinée-Bissau, au Sénégal, au Mali, en Mauritanie, en Gambie, en Sierra Leone, au Niger, au Nigeria, au Tchad, au Cameroun et en République centrafricaine.
Selon les estimations ethnolinguistiques, le nombre de locuteurs du fulfuldé et de ses différentes variétés se chiffre à plusieurs dizaines de millions à travers l’Afrique. Les chiffres varient toutefois selon les sources et les critères retenus pour distinguer les langues et leurs variantes.
À l’image du haoussa, du yoruba, du swahili, du lingala ou encore de l’arabe, le pular dépasse ainsi largement les frontières guinéennes et constitue un important patrimoine linguistique africain.
Au-delà des approximations géographiques, la sortie de Djelykaba Bintou remet sur la table la question de la valorisation des langues africaines dans l’industrie musicale. La musique constitue en effet un puissant moyen de transmission culturelle et peut contribuer à faire connaître des langues au-delà de leurs espaces traditionnels.
L’ambition de la chanteuse de faire chanter le monde dans les langues guinéennes pourrait donc trouver un écho bien au-delà des frontières nationales, à condition de prendre en compte leur véritable dimension transfrontalière.
Doura


