« Il n’ y a pas d’autre travail »: en Guinée, la fin de la mise en route de la mine de Simandou provoque des milliers de licenciements
19 décembre 2025 Non Par LA RÉDACTION
Près de 30 ans après les premières explorations, Simandou reste un pari à haut risque : colossal sur le plan industriel, mais encore incertain quant à sa capacité à améliorer durablement le quotidien de la population guinéenne.
Présenté par le régime militaire guinéen comme symbole de la transformation économique, le mégaprojet minier de Simandou entame ses premières exportations de minerai de fer dans un climat social tendu. Les chantiers de construction de la route, du port et de la mise en route de l’exploitations sont achevés. Des milliers de travailleurs sont en train d’être licenciés, au moment même où la production s’accélère, selon une enquête publiée par Reuters.
Lancé en grande pompe, à quelques semaines de l’élection présidentielle du 28 décembre, Simandou est au cœur de la stratégie politique de Mamadi Doumbouya, chef du gouvernement militaire et favori du scrutin. Les retombées sociales du projet inquiètent.
Selon des sources gouvernementales et industrielles citées par Reuters, l’emploi sur le chantier a culminé à plus de 60 000 postes en 2024 et 2025, le temps de la phase de la mise en route de la mine. À terme, moins de 15 000 travailleurs seront nécessaires pour exploiter les mines, le port et la ligne ferroviaire de 670 km construite spécialement pour le projet.
Les licenciements ont déjà commencé :
• À Dantilia, 8 000 des 10 000 travailleurs ont perdu leur emploi en trois mois
• À Kamara, environ 1 500 salariés ont été remerciés
« Il n’y a pas d’autre travail », confie à Reuters un chauffeur qui travaille pour le consortium chinois Winning Consortium Simandou (WCS), sous couvert d’anonymat. « Nous attendons avec espoir, mais pour l’instant ils n’ont aucune solution et n’ont rien promis », poursuit-il.
Craintes de tensions sociales et de risques sécuritaires
Trois sources industrielles occidentales, consultées par l’agence de presse britanique, redoutent que cette démobilisation soudaine n’entraîne une hausse des accidents et des mouvements sociaux, voire des blocages de la voie ferrée.
Des incidents ont déjà été signalés, notamment la mort de bétail percuté par des trains, suscitant la colère de communautés locales dépendantes de l’élevage.
Un bilan humain lourd :
• Une douzaine de travailleurs tués lors de la construction du chemin de fer entre 2023 et 2024
• Au moins cinq habitants locaux morts dans des accidents de la route liés au chantier
• Cinq autres décès de travailleurs reconnus par les opérateurs
Durant les six derniers mois, des évaluations de risques ont été menées. Résultat: plusieurs zones où des personnes ou du bétail seraient susceptibles de s’engager sur les voies ont été identifiées. Cela a conduit à la construction de clôtures qui n’étaient pas prévues dans le plan initial, toujours selon des sources industrielles.
« Que se passe-t-il ensuite ? »
Le projet est piloté par deux consortiums : l’un dirigé par Rio Tinto, l’autre par le Winning Consortium Simandou (WCS), composé principalement d’entreprises chinoises.
Rio Tinto, par le biais de la coentreprise Rio Tinto-Simfer, est responsable de deux blocs miniers, de 78 km de voie ferrée les reliant au réseau principal et des installations de transbordement du nouveau port situé sur la côte atlantique. Chris Aitchison, son directeur général, a exprimé son inquiétude face aux risques liés aux pertes d’emplois soudaines, que l’industrie qualifie de « démobilisation ».
« La question est : que se passe-t-il ensuite ? », a-t-il déclaré. « Dans d’autres juridictions, lorsque nous procédons à une démobilisation, il existe des passerelles permettant aux employés ou aux personnes engagées dans l’exécution des projets de rejoindre d’autres chantiers. »
Le ministre des Mines, Bouna Sylla, qualifie ces licenciements de « douloureux » et promet de nouveaux projets d’infrastructures (routes, raffineries, centrales électriques), sans calendrier précis. Le gouvernement mise aussi sur le plan « Simandou 2040 », une stratégie sur 15 ans censée diversifier l’économie guinéenne.
L’État détient 15 % du projet, dont le coût total est estimé à 200 milliards de dollars, en grande partie financés par des capitaux privés. Une étude de la KPMG sur la reconversion des travailleurs devrait être publiée après les élections.
Selon le FMI, le projet pourrait accroître le PIB réel de la Guinée de 26 % d’ici 2030, mais sans politiques publiques adaptées, la réduction de la pauvreté serait limitée à 0,6 point, avec un risque accru d’inégalités, notamment en zones rurales.
TV 5
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