Guinée : les huissiers de justice au cœur d’un procès tendu à la CRIEF

Guinée : les huissiers de justice au cœur d’un procès tendu à la CRIEF

12 octobre 2026 Non Par Doura

La Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) examine ce lundi 12 octobre l’affaire opposant Ecobank Guinée à trois personnes, dont deux huissiers de justice poursuivis pour des faits présumés d’escroquerie au jugement et de faux. À l’audience, les avocats de la défense ont plaidé pour la remise en liberté de leurs clients. Les débats sont actuellement suspendus pour une pause.
L’audience se tient dans une salle archicomble, au siège de la CRIEF, dans l’enceinte de l’ancien ministère des Affaires étrangères à Conakry. Les conseils des prévenus se sont succédé à la barre pour demander aux magistrats de libérer leurs clients, estimant que leur détention perturbe le fonctionnement de la profession d’huissier de justice en Guinée.
Face à la défense, le parquet spécial a défendu la régularité des poursuites engagées contre les mis en cause, en s’appuyant notamment sur les éléments de l’enquête et les dispositions du Code de procédure pénale.
Une plainte d’Ecobank à l’origine de l’affaire
L’affaire fait suite à une plainte déposée le 16 juin 2026 par Ecobank Guinée auprès du parquet spécial de la CRIEF. La banque met en cause Maître Halimé Saad Chalhoub, avocate, Maître Sory Daouda Camara, huissier de justice, et Mandjou Sangaré, qui était stagiaire dans l’étude de ce dernier au moment des faits.
Selon les éléments présentés par le parquet, le dossier porte sur une procédure de saisie-attribution de créances engagée en avril 2018 dans le cadre d’une créance reconnue à Maître Halimé Saad Chalhoub à l’encontre du Centre commercial Africof de Madina.
Le ministère public soutient que cette société avait fait l’objet d’une procédure de liquidation des biens annoncée en juillet 2012, sans que la créancière ait déclaré sa créance auprès du syndic liquidateur.
Le parquet affirme également que le procès-verbal de saisie avait été établi par Mandjou Sangaré, qui n’était pas assermenté à l’époque, puis signé et authentifié par Maître Sory Daouda Camara. Un jugement rendu le 29 novembre 2018 avait déclaré cet acte nul, selon le communiqué du parquet spécial.

D’après le ministère public, la procédure s’est ensuite poursuivie devant des juridictions supérieures, jusqu’à la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA), qui a condamné Ecobank Guinée, par un arrêt du 2 octobre 2025, au paiement des causes de la saisie et de sommes accessoires.
Un commandement de payer a été signifié à la banque le 12 mai 2026, pour un montant de 4,6 millions de dollars et plus de 3 milliards de francs guinéens, selon le parquet.
Ecobank a dénoncé des faits présumés d’escroquerie au jugement, de faux en écriture publique et authentique, d’usage de faux, d’usurpation de titre et de fonction ainsi que de complicité.
Ces faits sont contestés dans le cadre de la procédure judiciaire et il appartient à la juridiction de se prononcer sur la responsabilité des personnes poursuivies.
Le parquet rejette les pressions corporatistes
Dans un communiqué  le parquet spécial avait justifié le placement sous mandat de dépôt de Maître Sory Daouda Camara et de Mandjou Sangaré, affirmant que la procédure de flagrant délit avait été engagée conformément au Code de procédure pénale.
Le ministère public a également réagi aux menaces de débrayage évoquées par des membres de la Chambre nationale des huissiers de justice de Guinée lors d’une assemblée générale extraordinaire tenue le 2 octobre.
Le président de la Chambre, Maître Aboubacar Camara, avait alors déclaré que ses collègues estimaient les deux hommes innocents et envisageaient des mesures pour obtenir leur libération.
Le parquet a dénoncé cette démarche, estimant que les contestations doivent être soumises aux juridictions compétentes par les voies légales. Il a assuré qu’il ne céderait à aucune pression et que la procédure se poursuivrait dans le respect des droits de la défense et de la présomption d’innocence.
Les débats doivent reprendre après la pause observée ce lundi à la CRIEF.

Doura