Guinée-Bissau : le Parlement de transition renforce les pouvoirs du Président
14 janvier 2026Le Parlement de transition de Guinée-Bissau a adopté, mardi, une révision majeure de la Constitution de la République, renforçant les pouvoirs du Président de la République, désormais Chef du gouvernement, tout en maintenant le système semi-présidentiel. Cette réforme intervient trente ans après la dernière modification constitutionnelle opérée en 1995.
L’annonce a été faite par le porte-parole du Conseil national de transition (CNT) lors d’une conférence de presse tenue à Bissau.
« Après 30 ans sans révision constitutionnelle dans le pays, marqués par de nombreux dysfonctionnements liés aux instruments juridiques, le Conseil national de transition vient d’adopter la révision de la loi fondamentale de 1995 », a-t-il déclaré.
Cette réforme constitutionnelle s’inscrit dans un contexte politique particulier. Depuis le 27 novembre dernier, la Guinée-Bissau est dirigée par un Haut commandement militaire, à la suite du renversement du président Umaro Sissoco Embalo. Le coup d’État est survenu à la veille de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle du 23 novembre, interrompant ainsi le processus électoral en cours.
Adoptée initialement en 1973 lors de la proclamation de l’indépendance, le 24 septembre, la Constitution bissau-guinéenne avait déjà connu des révisions en 1984, 1991 et 1995.
Parmi les principales innovations du texte révisé figure la restructuration du préambule, visant à atténuer les références idéologiques d’inspiration révolutionnaire. L’objectif, selon le CNT, est de faire de la Constitution « celle de tous les Guinéens et non d’un parti politique particulier ».
Sur le plan institutionnel, le texte maintient le système semi-présidentiel bicéphale, mais renforce de manière significative les prérogatives du Président de la République. Celui-ci devient désormais Chef du gouvernement, dirige l’exécutif et préside le Conseil des ministres, tout en conservant son statut de Chef de l’État. Le Premier ministre, placé sous son autorité, coordonne l’action gouvernementale sous sa supervision.
Le gouvernement conserve une double responsabilité politique, à la fois devant le Président de la République et devant le Parlement. Ce dernier, désormais dénommé Assemblée nationale, conserve ses instruments de contrôle, notamment les motions de censure et de confiance.
En matière de relations entre les institutions, le Président de la République maintient un contrôle déterminant sur le gouvernement, avec le pouvoir de nommer et de révoquer le Premier ministre, après consultation des partis représentés à l’Assemblée nationale. Il conserve également le droit de dissoudre cette dernière, conformément à l’article 79 de la Constitution révisée.
L’Assemblée nationale, de son côté, garde ses prérogatives législatives et de contrôle, notamment l’approbation du programme gouvernemental et l’audition obligatoire des membres du gouvernement.
« Il n’y a pas de grandes modifications dans la Constitution. Ce qui change, c’est la clarification des pouvoirs », a conclu le porte-parole du Conseil national de transition, soulignant que la réforme vise à prévenir les conflits de compétences entre les acteurs politiques.
De notre correspondant à Bissau, Oumar Mané



