Mali : à Kidal, les soldats maliens plus nombreux que les habitants

Mali : à Kidal, les soldats maliens plus nombreux que les habitants

10 octobre 2026 Non Par Doura

Trois jours après le retour de l’armée malienne à Kidal, la ville reste presque déserte. Les forces gouvernementales et leurs partenaires russes de l’Africa Corps assurent la sécurité, tandis que les frappes aériennes se poursuivent dans la région. Les habitants, eux, hésitent à rentrer en raison de l’insécurité et du manque de services essentiels.
À Kidal, dans le nord du Mali, les militaires ont repris leurs positions après le retrait des combattants du Front de libération de l’Azawad (FLA) et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), lié à Al-Qaïda. Mais cette reprise de contrôle ne s’est pas encore traduite par un retour à la vie normale.
Selon des informations rapportées par Radio France internationale (RFI) le 9 octobre, les soldats maliens et leurs partenaires russes de l’Africa Corps patrouillent dans la ville et ses environs. Ils sont notamment installés dans le camp militaire, dont une grande partie du mur d’enceinte aurait été détruite avant le retrait des indépendantistes.
Pour l’heure, les opérations se concentrent sur la sécurisation des positions, le déminage et la recherche d’éventuels engins explosifs. L’armée malienne n’a pas encore poursuivi sa progression terrestre vers d’autres secteurs du nord du pays.
Les frappes aériennes se poursuivent dans la région
Malgré la reprise de Kidal, plusieurs zones stratégiques échappent encore au contrôle direct de l’armée malienne. C’est notamment le cas du camp de Tessalit, abandonné par les forces gouvernementales en avril dernier, et de Tinzaouatène, près de la frontière algérienne.
Les frappes aériennes se poursuivent toutefois dans la région. L’armée a notamment revendiqué des opérations à Takalot, au sud de Kidal, et à Talhandak, près de la frontière algérienne, le jeudi 8 octobre.
En visite à Kidal, le colonel Karim Traoré, commandant du théâtre est de l’opération Dougoukoloko, a affirmé que le travail ne faisait que commencer, laissant entendre que les opérations militaires pourraient se poursuivre dans les prochains jours.
De leur côté, les combattants du FLA affirment surveiller les mouvements de l’armée et anticipent une possible avancée de celle-ci vers le nord.
Une ville presque vidée de ses habitants
La situation humanitaire et démographique de Kidal demeure préoccupante. D’après un ancien élu municipal cité par RFI, la ville, qui comptait environ 30 000 habitants, n’en abriterait plus qu’une centaine.
Ces départs sont notamment liés aux bombardements des derniers mois et aux craintes suscitées par les changements de contrôle militaire. Une partie de la population a trouvé refuge en Algérie et en Mauritanie, tandis que d’autres habitants se sont déplacés vers la région de Gao.
Pour les familles déplacées, le retour reste conditionné à une amélioration durable de la sécurité et au rétablissement des services essentiels.
« Tant qu’il n’y aura pas la paix, c’est trop risqué », explique un habitant de Kidal cité par RFI. Selon lui, le retour des populations dépendra également du comportement des forces présentes sur le terrain et de la disponibilité des infrastructures de base, notamment les écoles et les centres de santé.
Le défi du retour à la vie normale
Le gouvernement de transition malien a annoncé, le 6 octobre, son intention d’organiser le retour progressif de l’administration et des services sociaux de base à Kidal.
Cependant, le gouverneur de la région, le général El Hadj Ag Gamou, ne s’est pas encore réinstallé dans la ville. Pour certains habitants favorables aux autorités de transition, son retour constituerait un signal important pour encourager les populations à regagner leurs foyers.
Au-delà de la reprise militaire, les autorités maliennes devront donc relever un défi majeur : rétablir les services publics, garantir la sécurité des civils et créer les conditions d’un retour durable des habitants.
Pour le moment, malgré la présence renforcée des forces armées, Kidal reste une ville largement désertée, où la reconquête militaire ne suffit pas à restaurer une vie normale.
Source : RFI