Affaire AGB2A-GIC : la CRIEF détaille les soupçons financiers visant Ahmed Tidiane Kanté
9 octobre 2026Après le communiqué de la société AGB2A-GIC annonçant l’interpellation et le placement en garde à vue de son administrateur général, Ahmed Tidiane Kanté, le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a apporté des précisions sur les raisons de la procédure. Dans un communiqué publié le jeudi 8 octobre 2026, il évoque notamment des mouvements financiers jugés suspects autour de la société Guinean Brain Touch (GBT), des retraits massifs en espèces et des soupçons de dissimulation de bénéficiaire effectif.
Le bras de fer entre la société minière AGB2A-GIC et le parquet spécial près la CRIEF se poursuit. Dans un communiqué référencé N° 606/CRIEF/PPS/2026, le parquet a tenu à répondre aux déclarations de l’entreprise concernant la garde à vue de son administrateur général, Ahmed Tidiane Kanté.
La société avait contesté les accusations portées contre son responsable, estimant qu’elles reposeraient sur une dénonciation anonyme et des allégations qu’elle juge infondées. En réaction, le parquet affirme que la procédure fait suite à une saisine formalisée et s’appuie sur des éléments qui, selon lui, justifient l’ouverture d’une enquête préliminaire.
Ahmed Tidiane Kanté et d’autres personnes ont été interpellés dans le cadre d’investigations portant sur des faits présumés d’évasion fiscale, de blanchiment de capitaux, de corruption et d’infractions assimilées.
Des soupçons autour des royalties minières de GBT
Au cœur du dossier se trouvent les relations financières entre la société Guinean Brain Touch (GBT), titulaire d’un permis minier sur le site de Tamita et dans ses environs, et les entreprises intervenant dans l’exploitation de ce permis, notamment AGB2A-GIC et SD Mining.
Selon les explications du parquet, les deux sociétés exploitantes étaient tenues de verser des royalties à GBT dans le cadre du contrat d’amodiation. Toutefois, les enquêteurs auraient constaté une asymétrie dans les paiements, les versements provenant principalement de SD Mining, tandis qu’aucun paiement n’aurait été enregistré de la part de GIC.
L’analyse des comptes bancaires de GBT aurait également révélé d’importants mouvements financiers, comprenant des paiements aux actionnaires, des retraits d’espèces et des transferts vers des sociétés liées.
Le parquet cite notamment Camen Ressources, présentée dans son communiqué comme une entreprise appartenant à l’actionnaire majoritaire. Ces opérations figurent parmi les éléments que la justice souhaite éclaircir.
Almamy David Sylla au centre des interrogations
Une partie importante des investigations porte sur les comptes bancaires d’Almamy David Sylla, actionnaire détenant 30 % du capital de GBT.
D’après le parquet spécial, les sommes versées à cet actionnaire au titre des royalties auraient été suivies, de manière récurrente, de retraits effectués par des tiers, notamment des personnes identifiées comme des cambistes.
Le parquet affirme que plus de 90 % des montants perçus auraient ainsi été retirés par des tierces personnes, sans justification économique suffisante ni identification claire du bénéficiaire final des fonds.
Les enquêteurs s’interrogent également sur les différences relevées entre les sommes annoncées comme versées à l’actionnaire et celles effectivement retrouvées sur certains de ses comptes.
Pour illustrer ces interrogations, le communiqué indique qu’en 2023, Almamy David Sylla aurait perçu 619 345 dollars au titre de ses parts de royalties, soit l’équivalent de 5,388 milliards de francs guinéens. Le parquet affirme toutefois que seuls 2,986 milliards de francs guinéens seraient effectivement arrivés sur le compte concerné.
Ces éléments constituent, selon le parquet, des indices nécessitant des vérifications approfondies sur la traçabilité des fonds et l’identité de leurs bénéficiaires.
Un versement d’Ahmed Tidiane Kanté jugé suspect
Autre élément mis en avant par le parquet : un versement de 2 millions de francs guinéens effectué par Ahmed Tidiane Kanté sur le compte d’Almamy David Sylla, peu après l’ouverture de celui-ci dans un nouvel établissement financier.
Le parquet estime que cette opération mérite une attention particulière, compte tenu des fonctions exercées par Ahmed Tidiane Kanté au sein de la SOGUIPAMI, puis de ses responsabilités dans les structures liées à l’exploitation minière.
Selon le communiqué, Ahmed Tidiane Kanté était auparavant directeur général de la SOGUIPAMI, avant d’occuper des responsabilités au sein d’AGB2A, puis de GIC.
Pour le parquet, ce versement, rapproché des autres mouvements bancaires examinés, soulève des interrogations sur l’existence éventuelle d’un contrôle indirect du compte d’Almamy David Sylla.
Il avance l’hypothèse selon laquelle ce dernier pourrait agir comme prête-nom afin de dissimuler l’identité du bénéficiaire effectif des 30 % du capital de GBT. Cette hypothèse reste toutefois à établir dans le cadre de la procédure judiciaire.
Plus de 25 milliards de francs guinéens en royalties
Le communiqué fait également état de montants importants perçus par Almamy David Sylla.
Entre janvier 2023 et décembre 2024, celui-ci aurait reçu plus de 25,434 milliards de francs guinéens au titre de ses parts de royalties, selon les chiffres présentés par le parquet.
À la fin de décembre 2024, le solde mentionné dans le communiqué s’élevait à 715,9 millions de francs guinéens, soit moins de 3 % du montant total indiqué.
Le parquet s’interroge sur la destination du reste des fonds et sur les conditions dans lesquelles les retraits ont été effectués. Il affirme que, hormis certaines opérations attribuées directement à Almamy David Sylla, près de 90 % des autres montants auraient été retirés par des tiers, parfois les mêmes personnes sur des comptes ouverts auprès de deux établissements financiers distincts.
Les investigations devront notamment permettre de déterminer si ces opérations correspondent à des transactions régulières ou si elles dissimulent des pratiques répréhensibles.
Des soupçons de blanchiment et de dissimulation de bénéficiaires
Au-delà des mouvements bancaires, le parquet évoque une possible organisation financière destinée à masquer l’identité des bénéficiaires réels de certaines participations et à compliquer la traçabilité des flux.
Il indique avoir reçu une dénonciation enregistrée sous le numéro 448, portant sur des faits présumés de corruption et de blanchiment de capitaux reprochés à Ahmed Tidiane Kanté.
Le dossier pourrait notamment donner lieu à des investigations sur de possibles faits de faux et usage de faux, d’abus de biens sociaux, de prise illégale d’intérêts et de blanchiment de capitaux.
Dans son communiqué, le parquet élargit également ses interrogations à des transferts financiers vers l’étranger, notamment à destination de Chypre. Il questionne l’intérêt économique de certains paiements qui auraient été effectués au profit d’un club de football situé sur cette île méditerranéenne.
Il soupçonne l’existence éventuelle d’intermédiaires, de contrats de prestations de services et de conventions d’assistance technique susceptibles d’avoir servi à transférer indirectement des bénéfices hors de Guinée.
Ces accusations et hypothèses sont celles du parquet spécial. Leur bien-fondé devra être examiné au cours de la procédure, sur la base des preuves recueillies et des explications des personnes concernées.
La CRIEF défend la régularité de la procédure
En réponse aux critiques formulées par AGB2A-GIC, le parquet spécial affirme que le placement en garde à vue d’Ahmed Tidiane Kanté a été ordonné par le procureur spécial, conformément aux dispositions du Code de procédure pénale.
Il explique que cette mesure vise notamment à maintenir le suspect à la disposition de la justice et à préserver les éléments matériels utiles à l’enquête.
Le parquet rejette par ailleurs les accusations de désinformation et réaffirme sa volonté de poursuivre les infractions économiques et financières relevant de la compétence de la CRIEF.
Cette prise de position intervient alors que la société AGB2A-GIC a publiquement contesté les soupçons visant son administrateur général.
L’enjeu de la procédure sera désormais de déterminer la nature exacte des opérations financières examinées, d’identifier les éventuels bénéficiaires effectifs des fonds et d’établir si les faits dénoncés par le parquet sont constitutifs d’infractions. À ce stade, les accusations exposées dans le communiqué ne constituent pas une déclaration de culpabilité.
Avec Mondemedia



