Corniche Tombo–Port autonome : les limogeages au cœur d’un marché de 433 milliards de francs guinéens
22 août 2026Les auditions se poursuivent dans le sillage des derniers limogeages décidés par le président Mamadi Doumbouya. Selon nos informations, Mory Condé, Mourana Soumah et Mahamadou Abdoulaye Diallo ont passé la nuit en audition à la Direction des investigations de la Gendarmerie nationale. Leurs dossiers pourraient ensuite être transmis à l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF), avant une éventuelle saisine de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF).
Au centre des investigations se trouverait notamment le dossier de la Corniche Tombo–Port autonome, un marché dont le montant atteint 433 991 574 697 francs guinéens TTC.
Un marché de 433 milliards au cœur des interrogations
Le projet concerne la réalisation d’environ 2,3 kilomètres de route en 2×2 voies, avec une durée contractuelle de 24 mois. Le marché a été attribué à GUICOPRES, entreprise dirigée par l’homme d’affaires Kerfalla Camara, connu sous le nom de KPC.
La procédure a été engagée en juin 2024. Le 1er août de la même année, GUICOPRES est retenue provisoirement.
À cette période, Mory Condé était ministre de l’Urbanisme, Mahamadou Abdoulaye Diallo occupait le portefeuille des Infrastructures et des Travaux publics, tandis que Mourana Soumah était ministre de l’Économie et des Finances.
Le 2 octobre 2024, Mory Condé annonçait le démarrage des travaux pour le lendemain. Pourtant, l’attribution définitive du marché n’interviendra que plusieurs mois plus tard, le 25 mars 2025.
Autre élément qui attire l’attention : le lancement officiel du chantier n’a finalement eu lieu que le 22 décembre 2025.
Cette chronologie, de l’engagement de la procédure à l’attribution définitive puis au lancement officiel des travaux, fait désormais partie des éléments susceptibles d’être examinés par les enquêteurs.
Les limogeages relancent les interrogations
La séquence intervient après le retour précipité du président Mamadi Doumbouya de son séjour en Grèce.
À son retour à Conakry, plusieurs décisions importantes ont été prises. Mory Condé, ministre du Travail et des Réformes, et Mourana Soumah, ministre de la Communication et de l’Économie numérique, ont été limogés. Mahamadou Abdoulaye Diallo, ancien ministre des Infrastructures et des Travaux publics devenu conseiller à la Présidence, a également été relevé de ses fonctions.
Les décrets présidentiels ne précisent pas les faits à l’origine de ces décisions.
Mais, dans un message publié après son retour, le chef de l’État a réaffirmé sa détermination à lutter contre la corruption et à protéger les ressources publiques.
C’est dans ce contexte que le dossier de la Corniche Tombo–Port autonome prend une nouvelle dimension.
Une enquête autour des conditions du marché
Selon les informations recueillies, les investigations devraient notamment chercher à déterminer les conditions dans lesquelles le marché a été préparé, évalué et attribué.
Le montant de 433,99 milliards de francs guinéens constitue l’un des principaux points d’interrogation.
Il serait toutefois prématuré de conclure à une quelconque surfacturation. Le coût global d’un tel projet ne correspond pas uniquement aux travaux de bitumage. Il peut intégrer notamment les terrassements, le drainage, les réseaux, les ouvrages connexes, les aménagements urbains et d’autres équipements.
La question centrale pour les enquêteurs sera donc de déterminer si le montant du marché correspond aux prestations prévues et si l’ensemble de la procédure a été conduit conformément aux règles de la commande publique.
Vers l’ORDEF puis la CRIEF ?
L’audition des anciens responsables pourrait constituer une première étape d’une procédure plus large.
Si les investigations de la Gendarmerie mettent en évidence des éléments susceptibles de constituer des infractions économiques et financières, les dossiers pourraient être transmis à l’ORDEF, puis, selon les suites judiciaires qui leur seront données, à la CRIEF.
À ce stade, aucune décision judiciaire établissant une quelconque responsabilité pénale des personnes citées n’a été rendue publique.
KPC et GUICOPRES également dans le viseur ?
Le rôle de l’entreprise attributaire du marché pourrait naturellement être examiné dans le cadre d’une enquête portant sur les conditions de passation et d’exécution du contrat.
GUICOPRES étant l’entreprise retenue pour réaliser les travaux, les enquêteurs pourraient notamment s’intéresser aux différentes étapes de la procédure ayant conduit à son attribution.
En revanche, aucune information officielle ne permet, à ce stade, d’affirmer que Kerfalla Camara dit KPC fait personnellement l’objet de poursuites ou d’une audition dans cette affaire.
L’enjeu est désormais de savoir si les investigations se limiteront aux responsabilités administratives des anciens responsables ou si elles permettront d’établir d’éventuelles irrégularités dans l’ensemble de la chaîne de passation et d’exécution de ce marché de 433 milliards de francs guinéens.
Les éléments relatifs aux auditions, aux investigations et à un éventuel transfert des dossiers à l’ORDEF ou à la CRIEF sont présentés au conditionnel en l’absence, à ce stade, de communication judiciaire officielle.
Doura


