Le départ de Mory Condé, un signal fort de Mamadi Doumbouya à ses proches

Le départ de Mory Condé, un signal fort de Mamadi Doumbouya à ses proches

22 août 2026 Non Par LA RÉDACTION

Le limogeage de Mory Condé du gouvernement constitue l’un des faits politiques les plus marquants de ces dernières heures en Guinée. Au-delà du départ d’un ancien ministre, cette décision apparaît comme un signal adressé par le président Mamadi Doumbouya à son entourage : la proximité avec le chef de l’État ne garantirait plus l’impunité en cas de soupçons de mauvaise gestion des ressources publiques.
Mory Condé fait partie des personnalités civiles apparues aux côtés du colonel Mamadi Doumbouya dès les premières heures de la prise du pouvoir, le 5 septembre 2021. Les deux hommes étaient présentés comme des proches de longue date. Ils auraient grandi à Kankan et fréquenté le même établissement scolaire.
Avant le coup d’État, Mory Condé dirigeait l’ONG AGIL à Conakry. Après le 5 septembre 2021, il est rapidement propulsé au sein de l’appareil d’État et nommé ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, un département particulièrement stratégique dans la conduite de la transition.
Sous son passage à ce ministère, la carte administrative de Conakry connaît notamment une importante réorganisation, avec le passage de cinq à treize communes.
Mais son parcours gouvernemental va progressivement connaître des inflexions. Lors d’un remaniement, Mory Condé quitte l’Administration du territoire pour le ministère de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire. À l’époque, des interrogations avaient circulé sur sa gestion de son précédent département, tandis que des rumeurs faisaient état de fortes pressions autour de son maintien au gouvernement.
Lors du dernier remaniement, il est finalement nommé au ministère   de l’Emploi  , du Travail et de la Protection sociale , un portefeuille nouvellement constitué. Une nomination que certains observateurs avaient interprétée comme une manière de maintenir dans l’équipe gouvernementale un homme considéré comme proche du chef de l’État.
Un retour de Grèce qui intervient dans un contexte tendu
Le président Mamadi Doumbouya s’est envolé pour la Grèce le 3 août dernier pour des vacances. La durée exacte de son séjour n’avait pas été précisée au départ.
Le jeudi 13 août, l’annonce de son retour à Conakry pour le lendemain a surpris plusieurs responsables gouvernementaux, certains n’ayant, selon des informations rapportées dans les milieux , pas été informés à l’avance.
Dans le même temps, des rumeurs persistantes faisaient état de soupçons de mauvaise gestion et de détournements présumés dans certains départements ministériels. Plusieurs ministres auraient même été invités à ne pas se rendre à l’aéroport pour accueillir le chef de l’État.
De retour au pays, Mamadi Doumbouya aurait alors entrepris de s’informer davantage sur les faits rapportés. Quelques jours plus tard, le vendredi 21 Août au  soir, la décision tombe : deux ministres, Mory Condé et Mourana Soumah, ainsi qu’un conseiller à la présidence, Mahamad Abdoulaye Diallo, sont relevés de leurs fonctions.
« Je ne badinerai pas avec les ressources publiques »
Le message présidentiel qui accompagne ces décisions donne une dimension particulière à ces limogeages. Mamadi Doumbouya affirme sa détermination à ne pas tolérer les atteintes aux ressources publiques et à lutter contre la corruption.
Même si les décrets de révocation ne détaillent pas les motifs individuels de chaque limogeage, le contexte et le discours présidentiel alimentent les interrogations sur les raisons profondes de ces départs.
Les éventuels dossiers judiciaires pourraient désormais connaître une nouvelle évolution. Si des éléments sont établis, certaines affaires pourraient être transmises à la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF).
Un message à l’entourage présidentiel
Le cas Mory Condé revêt une portée particulière. Son parcours illustre celui d’un homme qui a accompagné Mamadi Doumbouya depuis les premières heures du régime, avant d’occuper plusieurs fonctions ministérielles importantes.
Son départ montre surtout que la proximité personnelle avec le chef de l’État ne semble plus constituer une protection suffisante face aux soupçons portant sur la gestion publique.
Le pouvoir de Mamadi Doumbouya entre ainsi dans une nouvelle séquence. Après plusieurs années durant lesquelles certains proches du président ont occupé des postes stratégiques, le chef de l’État semble vouloir afficher une ligne plus dure sur la gestion des deniers publics.
Et le scénario pourrait ne pas s’arrêter à ces trois départs.

Doura