Mangroves de Gbessia : la descente surprise du procureur spécial Alphonse Charles Wright révèle un vaste désastre écologique
28 juillet 2026Le spectacle est saisissant. De la plage de Benarès jusqu’à Yimbaya Faban, dans la nouvelle commune de Gbessia, les mangroves reculent sous la pression des remblais et des constructions. Là où la nature devrait être préservée, des dizaines d’hectares sont progressivement transformés en zones d’habitation.
Face à cette situation, le procureur spécial de la CRIEF, Alphonse Charles Wright, dont les prérogatives s’étendent notamment aux infractions portant atteinte à l’environnement, a effectué une descente surprise sur les lieux. Il était accompagné de l’inspecteur général du ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat, Mohamed Doussou Traoré, ainsi que des services spéciaux et des officiers de police judiciaire (OPJ).

À Benarès, le magistrat a voulu rencontrer les personnes impliquées dans les opérations de remblayage. Un homme, Elhadj Doumbouya, s’est présenté à la délégation. Il affirme avoir obtenu un marché portant sur 44 hectares, destiné à la réalisation de logements et au prolongement de la plage.
Mais c’est quelques kilomètres plus loin, à Yimbaya Faban, non loin de l’école Aïcha Bah, que l’inquiétude grandit. Des habitations sortent de terre en pleine mangrove, au mépris des risques environnementaux et des règles d’urbanisme.
Interrogé sur ces constructions, le directeur de la DATU au ministère de l’Urbanisme affirme ne pas être informé de leur existence. Alphonse Charles Wright multiplie alors les questions pour comprendre comment une telle situation a pu se développer.
Au fil des échanges, un nom revient avec insistance : celui d’un homme connu sous le surnom de Nidal, identifié comme un certain Dioubaté. Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, il serait impliqué dans la vente de parcelles aménagées au cœur des mangroves pour des projets d’habitation, malgré les risques que cela représente. Les tentatives de joindre l’intéressé par téléphone sont restées infructueuses.
Le nouveau chef de quartier affirme, pour sa part, avoir déjà saisi la mairie afin d’alerter sur cette occupation progressive des mangroves. Sur le terrain, cependant, chaque acteur renvoie la responsabilité à un autre, illustrant les difficultés de gouvernance autour de ce dossier.
À Yimbaya Bas-Fond, le procureur spécial a annoncé son intention de prendre une réquisition visant à faire interdire les travaux en cours. Les cadres du ministère de l’Urbanisme soutiennent, de leur côté, que cette zone n’a jamais fait l’objet d’une validation officielle pour des constructions.
Cette descente met en lumière l’ampleur de la destruction des mangroves dans la commune de Gbessia et relance les interrogations sur les responsabilités des différents acteurs dans l’occupation de ces espaces protégés.
Abdourahmane Koula Diallo


