Guinée : la CRIEF ouvre une enquête sur la gestion du fonds spécial Covid-19
16 juillet 2026Conakry, 16 juillet 2026 – Le Procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire sur la gestion du Fonds spécial de riposte au Covid-19 et de stabilisation économique, créé en juillet 2020 pour faire face aux conséquences sanitaires et économiques de la pandémie.
Dans une réquisition adressée au Directeur central de l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF), au Directeur central de la Police judiciaire (DPJ) et au Secrétaire à la Présidence chargé des services spéciaux et de la lutte contre le crime organisé, le parquet spécial s’appuie sur le rapport définitif de la Cour des comptes, qui met en évidence de nombreuses irrégularités présumées dans l’utilisation des ressources du fonds.
Selon le document, les investigations porteront notamment sur des soupçons de détournement de deniers publics, faux et usage de faux en écriture publique, concussion, corruption, prise illégale d’intérêts et violations des règles de passation des marchés publics.
La Cour des comptes relève notamment des paiements effectués sans justificatifs de service fait, des écarts entre les montants transférés par la Paierie générale du Trésor et ceux enregistrés par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), ainsi que des dépenses réalisées en dehors des procédures légales.
Parmi les opérations visées figurent notamment :
3 milliards de francs guinéens versés à la SOTRAGUI alors que les bus étaient à l’arrêt depuis 2017 ;
2 milliards de francs guinéens attribués à la Société nationale des chemins de fer, qui n’assurait plus le transport de passagers ;
plusieurs paiements en espèces à différentes structures, dont MAMERI, Tinkisso Antenna, EGUIMAPS et EASYCOM, sans les procédures administratives requises ;
des décaissements de plusieurs milliards de francs guinéens non régularisés dans le cadre des transferts monétaires de l’ANIES.
Le rapport évoque également des cas présumés de favoritisme dans l’attribution des marchés publics, l’absence de mise en concurrence, des recours injustifiés aux ententes directes, ainsi que des conflits d’intérêts dans la gestion de certaines structures bénéficiaires des fonds.
Le parquet spécial précise que l’enquête concernera les personnes citées dans les rapports de la Cour des comptes ainsi que toute autre personne physique ou morale susceptible d’être impliquée.
Les investigations seront conduites sous la supervision des substituts du procureur spécial Ousmane Sano, Biwon Millimono et Pierre Segbé Kamano, avec une équipe mixte d’officiers de police judiciaire coordonnée par l’ORDEF.
Le Procureur spécial a rappelé le caractère confidentiel de cette enquête préliminaire et a invité les services concernés à agir avec diligence afin de faire toute la lumière sur la gestion des fonds publics mobilisés durant la crise sanitaire.
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