Le Niger suspend plusieurs médias étrangers avant le sommet Africa Forward

Le Niger suspend plusieurs médias étrangers avant le sommet Africa Forward

10 mai 2026 Non Par LA RÉDACTION

Le régime militaire du Niger a annoncé, vendredi 8 mai, la suspension de plusieurs médias internationaux accusés de diffuser des contenus susceptibles de « mettre gravement en péril l’ordre public, l’unité nationale, la cohésion sociale et la stabilité des institutions de la République ».
Selon un communiqué de l’Observatoire national de la communication (ONC), lu à la télévision publique, cette mesure concerne notamment France 24, Radio France Internationale, Agence France-Presse, TV5Monde, TF1 Info, Jeune Afrique ainsi que Mediapart.
Les autorités précisent que la décision prend effet immédiatement et s’applique aux bouquets satellitaires, réseaux câblés, plateformes numériques, sites internet et applications mobiles. Aucune justification détaillée n’a toutefois été fournie sur les contenus reprochés à ces médias.
L’organisation Reporters sans frontières a dénoncé une « décision abusive » et réclamé sa levée immédiate. Depuis le coup d’État de juillet 2023 ayant porté la junte au pouvoir, plusieurs médias occidentaux avaient déjà été suspendus dans le pays, notamment RFI, France 24 et la BBC.
Cette nouvelle mesure intervient dans un contexte de rupture progressive entre le Niger et la France, ancienne puissance coloniale. Les autorités nigériennes ont notamment obtenu le retrait des forces françaises engagées dans la lutte antijihadiste et renforcé leurs relations avec d’autres partenaires, dont la Russie.
Une décision dans un contexte régional tendu
Quelques jours auparavant, le Burkina Faso, allié du Niger et du Mali au sein de Alliance des États du Sahel, avait également suspendu la diffusion de TV5Monde. Bamako avait déjà pris des mesures similaires contre plusieurs médias français.
La suspension décidée par Niamey intervient aussi à l’approche du sommet « Africa Forward », prévu à Nairobi, au Kenya, réunissant la France et plusieurs pays africains. Le Niger, le Mali et le Burkina Faso ont annoncé qu’ils n’y participeront pas.
Des journalistes toujours détenus
La situation des journalistes nigériens suscite également des inquiétudes. Deux professionnels des médias, dont le correspondant de la radio allemande Deutsche Welle, Gazali Abdou, ont récemment été libérés après plusieurs mois de détention.
Selon l’ONU et des organisations locales de presse, treize journalistes ont été arrêtés au Niger en 2025, tandis que six demeurent encore détenus pour des accusations liées notamment à « l’atteinte à la défense nationale » et au « complot contre l’autorité de l’État ».
Dans son classement 2026 sur la liberté de la presse, Reporters sans frontières indique que le Niger a perdu 37 places, se classant désormais à la 120e position sur 180 pays. Les ONG de défense des droits humains dénoncent un recul croissant des libertés publiques dans le pays.

Yayé Barry