Prix du pétrole et du gaz, navires à l’arrêt, recul des Bourses… Comment la guerre au Moyen-Orient bouscule l’économie mondiale

Prix du pétrole et du gaz, navires à l’arrêt, recul des Bourses… Comment la guerre au Moyen-Orient bouscule l’économie mondiale

4 mars 2026 Non Par LA RÉDACTION

Le conflit dans la région et le blocage du détroit stratégique d’Ormuz font craindre une hausse des prix de l’énergie et des conséquences majeures sur le commerce mondial. Les marchés financiers ont déjà commencé à se contracter.

Les cours de l'indice Nikkei à la Bourse de Tokyo (Japon), le 3 mars 2026. (KAZUHIRO NOGI / AFP)
Les cours de l’indice Nikkei à la Bourse de Tokyo (Japon), le 3 mars 2026. (KAZUHIRO NOGI / AFP)

Face au tapis de bombes qui tombe sur le Moyen-Orient, l’économie mondiale tremble. La guerre, qui a débuté samedi 28 février par des frappes israélo-américaines massives en Iran(Nouvelle fenêtre) suivi par la riposte de Téhéran, fait d’abord redouter une hausse des prix du pétrole et du gaz, que les pays de la région produisent massivement. Elle menace aussi le commerce mondial – de nombreux navires commerciaux sont à l’arrêt – et le tourisme international. Franceinfo fait le point sur ces conséquences économiques, au moment où les Bourses s’effondrent.

Elle fragilise les exportations de pétrole et de gaz

Une grande partie des enjeux économiques mondiaux se jouent au niveau du détroit d’Ormuz, un chenal maritime de 40 km de large à l’endroit le plus resserré entre l’Iran et la pointe du golfe Persique. Le trafic de cette route maritime stratégique est désormais à l’arrêt. Essentielle pour les pays du golfe (Qatar, Arabie saoudite, Emirats arabes unis…), cette voie permet de relier les pétromonarchies à l’océan Indien, et d’acheminer ses matières premières à travers le monde : un quart du pétrole mondial et un cinquième du gaz naturel liquéfié (GNL) y transitent, rappelle l’AFP.

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Les conséquences de la guerre naissante, encore difficiles à évaluer, diffèrent selon les pays. Si les Etats membres de l’Union européenne se fournissent ailleurs en pétrole et en gaz naturel liquéfié, les grandes puissances asiatiques s’approvisionnent plutôt auprès des pays du Golfe. « La fermeture du détroit d’Ormuz est un sujet majeur », surtout « pour l’économie chinoise », résume ainsi auprès de l’AFP Cyrille Poirier-Coutansais, directeur du département de recherches au Centre d’études stratégiques de la marine.

Si « les alternatives » aux importations « restent limitées », note l’économiste Emmanuel Hache dans un entretien publié sur le site de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris),(Nouvelle fenêtre) des solutions existent. Les pays importateurs possèdent des stocks stratégiques sur le pétrole, pour éviter ce type de pénurie. Par ailleurs, les pays du Golfe peuvent également détourner une partie de leur production « vers la mer Rouge à travers leur réseau d’oléoducs », explique Emmanuel Hache, qui avance que la peur qui s’est emparée des marchés « fait ressurgir le spectre d’une crise comparable aux chocs pétroliers de 1973-1974 et de 1979, qui avaient précipité l’économie mondiale dans la récession ».

Anne Sophie-Alsif, professeure d’économie à l’université de la Sorbonne, estime toutefois auprès de franceinfo que « la diversification des sources d’approvisionnement » en pétrole et en gaz, l’actuelle forte production d’hydrocarbures dans le monde et « la transition écologique et l’électrification » changent la donne par rapport aux années 1970. Le ministre de l’Economie, Roland Lescure, a de son côté assuré qu’il n’y avait « aucun risque d’approvisionnement à court terme en France ni sur le gaz, ni sur l’essence ».

Elle fait craindre une flambée des prix de l’énergie

L’incertitude actuelle se ressent pourtant déjà sur les prix. Le baril de Brent, la référence mondiale, a dépassé lundi les 80 dollars (68 euros), son niveau le plus élevé depuis juillet 2024. Selon certains analystes, il pourrait même finir par dépasser les 100 dollars, un niveau plus atteint depuis le début de la guerre en Ukraine, en février 2022. Le prix du gaz européen a lui aussi bondi, atteignant 59,950 euros le mégawattheure, un niveau plus vu depuis février 2023.

Dans une interview au Financial Times(Nouvelle fenêtre), Philip Lane, chef économiste de la Banque centrale européenne (BCE), a prévenu qu’une guerre prolongée au Moyen-Orient pourrait entraîner une forte poussée de l’inflation dans la zone euro, tout en pesant sur la croissance. « Si la guerre dure et qu’elle dégénère, il y aura un vrai risque », prévient l’économiste Anne Sophie-Alsif, qui évoque un impact sur les prix, notamment de l’énergie, plutôt que des pénuries. « S’il y a une tension sur le gaz et le pétrole, l’inflation en France pourra atteindre 2% [elle est de 1% sur un an en février], mais pas 5 ou 6% » comme au début de l’année 2023, à la suite de l’invasion russe en Ukraine.

Elle provoque de l’incertitude sur les marchés financiers

De l’Europe à l’Asie en passant par l’Amérique, les marchés financiers ont nettement reculé depuis lundi. La Bourse de Paris a perdu 3,46% mardi, celle de Francfort (Allemagne) 3,44%, celle de Londres (Royaume-Uni) 3,04% et celle de Milan (Italie) 3,92%. La veille, les principales places européennes avaient déjà cédé environ 2%. En Asie, la Bourse de Séoul (Corée du Sud) a aussi terminé mardi sur une chute de 7,24%, quand celle de Tokyo (Japon) a perdu 3,06% et celle de Shenzhen (Chine) 3,07%. Même réaction à Wall Street, aux Etats-Unis, où les indices boursiers chutaient mardi en fin d’après-midi (-2,22% pour le Dow Jones, -2,13% pour le Nasdaq -2,07% pour S&P 500), après avoir résisté lundi.

Cette baisse, conséquence de l’envolée des prix du gaz et du pétrole, s’est traduite par des réactions diverses des devises et des valeurs refuges. L’euro, la livre ou encore le franc suisse ont perdu du terrain par rapport au dollar. L’or et l’argent font également grise mine. En revanche, les actions des entreprises de défense (Thalès, Dassault Aviation) et les majors du pétrole comme Total Energies ont augmenté.

Elle perturbe le commerce mondial

Le blocage du détroit d’Ormuz perturbe la navigation de nombreux navires dans la zone. Les plus grands armateurs mondiaux – le groupe italo-suisse MSC, le danois Maersk, le français CMA CGM, l’allemand Hapag Lloyd et le chinois Cosco – ont ordonné à leurs bateaux de se mettre à l’abri, alors que le trafic maritime est à l’arrêt. Lundi, au moins 167 navires étaient ainsi bloqués au nord du détroit d’Ormuz, dont 60 porte-conteneurs qui transportaient autre chose que du gaz ou du pétrole.

« Outre les hydrocarbures, il y a tout ce qu’on appelle la pétrochimie, les produits dérivés, la plasturgie et surtout les engrais qui sont utilisés notamment dans l’agriculture », qui transitent dans la zone, explique à France Télévisions David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique. La France exporte des céréales et produits agricoles, des cosmétiques, des produits du luxe et pharmaceutiques dans la région, tandis que l’Allemagne y vend des voitures, des machines et des produits industriels, liste à l’AFP Anne-Sophie Fribourg, présidente de la commission maritime au sein de l’Union des entreprises transport et logistique de France.

Ce blocage du détroit va contraindre les bateaux, qui ne passent plus par la mer Rouge et le canal de Suez en raison des craintes liées à la reprise d’attaques des rebelles houthis, alliés de l’Iran au Yémen, à changer d’itinéraire. Interrogé par France Inter(Nouvelle fenêtre), le président d’Armateurs de France, Edouard Louis-Dreyfus, a évoqué un passage par le cap de Bonne-Espérance, au bout de l’Afrique du Sud, pour la liaison Europe-Asie. Ce détour de plusieurs milliers de kilomètres va mécaniquement entraîner une augmentation des prix du fret. Plusieurs plateformes d’e-commerce ont par ailleurs prévenu leurs clients que les temps de livraison allaient se rallonger, de quelques jours chez Temu et Shein à une dizaine chez Amazon, selon Bloomberg(Nouvelle fenêtre).

Elle bouleverse le trafic aérien et le tourisme

Plusieurs milliers de vols ont été annulés entre samedi matin et mardi au Moyen-Orient, certains espaces aériens ayant été fermés, tout comme des aéroports de la région. La reprise très progressive du trafic aérien des aéroports de Doha (Qatar), Dubaï et Abou Dabi (Emirats arabes unis), devenus des hubs de correspondance très fréquentés, a bloqué des milliers de personnes. Si les hostilités continuent, les compagnies aériennes devront également contourner la zone, comme elles le font actuellement en Ukraine.

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La guerre pourrait aussi mettre à mal l’attractivité de la région, alors que les pétromonarchies ont fait du tourisme l’un des secteurs stratégiques pour diversifier leurs économies. Les pays du Golfe « vendent la sécurité des biens et des personnes. On parlait de Dubaï un peu comme de la Suisse alors forcément, ça casse l’image », estime auprès de l’AFP Didier Arino, directeur général de la société de conseil Protourisme, pour qui il s’agit d’un coup d’arrêt au « soft power » de ces pays.

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