Drones dans l’espace aérien polonais L’OTAN met en garde la Russie

Drones dans l’espace aérien polonais L’OTAN met en garde la Russie

11 septembre 2025 Non Par Doura

PHOTO ASSOCIATED PRESS

Le toit d’une maison a été endommagé par un fragment de drone russe présumé abattu après avoir pénétré dans l’espace aérien polonais, dans la municipalité de Wyryki, mercredi.

L’OTAN a prévenu mercredi la Russie que celle-ci jouait un jeu « dangereux » après que plusieurs drones ont pénétré dans l’espace aérien polonais dans la nuit de mardi à mercredi, sans faire de victimes.

  • Des jets de l’OTAN ont été mobilisés dans la nuit de mardi à mercredi pour neutraliser plusieurs drones ayant violé l’espace aérien polonais ;
  • L’alliance transatlantique et plusieurs pays membres de l’organisation ont accusé la Russie de se comporter de manière irresponsable pour torpiller toute chance de paix négociée en Ukraine ;
  • Des efforts supplémentaires sont requis pour renforcer les troupes ukrainiennes et freiner les ventes de pétrole russe de manière à contraindre Moscou à revoir ses objectifs, notent des analystes.

Le secrétaire général de l’alliance atlantique, Mark Rutte, a prévenu que « chaque pouce de terrain » des pays membres serait défendu, faisant peu de cas des démentis provenant du Kremlin, qui semble vouloir tester la résolution des pays alliés du gouvernement du président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Plusieurs jets ont été déployés pour neutraliser les drones à l’issue d’une opération décrite par le président polonais, Donald Tusk, comme une « provocation à grande échelle ».

PHOTO BUREAU DU PREMIER MINISTRE POLONAIS, FOURNIE PAR L’AGENCE FRANCE-PRESSE

Le premier ministre polonais Donald Tusk a présidé mercredi une réunion d’urgence à Varsovie après que des drones russes eurent violé l’espace aérien national.

« Nous n’avons jamais été aussi près depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale de nous retrouver dans un conflit militaire », a prévenu le chef d’État, qui a exceptionnellement invoqué l’article 4 de l’OTAN en réponse à la situation.

Il permet à un pays membre dont l’intégrité territoriale est menacée de lancer une discussion formelle avec les autres pays de l’organisation pour déterminer les actions à prendre.

Plusieurs dirigeants européens ont souligné leur indignation face à la violation de l’espace aérien polonais et promis de prêter assistance à Varsovie de manière à empêcher toute répétition du scénario.

Le premier ministre canadien, Mark Carney, a parlé pour sa part d’une incursion russe « irresponsable » qui démontre, dit-il, le manque d’intérêt du président russe, Vladimir Poutine, pour la paix et la nécessité d’accroître la pression contre lui.

PHOTO DARIUSZ STEFANIUK, TIRÉE DES RÉSEAUX SOCIAUX, FOURNIE PAR REUTERS

Un drone endommagé gît après s’être écrasé dans le village de Czosnowka, en Pologne, mercredi.

Le président américain, Donald Trump, qui avait rencontré son homologue russe il y a un mois en Alaska dans un sommet censé ramener la paix en Ukraine, a demandé en ligne mercredi ce que signifiait la « violation russe de l’espace aérien polonais ». « C’est parti ! », a-t-il ajouté sans préciser sa pensée.

Le ministre des Affaires étrangères polonais, Radoslaw Sikorski, a apostrophé le chef d’État américain en relevant que l’intervention en territoire polonais montrait que la Russie « se moque de ses efforts » pour la paix.

Une « ligne rouge » franchie

Dominique Arel, spécialiste de l’Ukraine rattaché à l’Université d’Ottawa, a indiqué mercredi en entrevue que le président russe avait clairement décidé de jouer « l’escalade » dans le cadre du conflit ukrainien et voulait, par l’opération avec les drones, « intimider » les pays européens soutenant Kyiv.

Plusieurs d’entre eux ont indiqué, au grand dam de Moscou, qu’ils étaient disposés, en cas de cessez-le-feu, à déployer des troupes sur le sol ukrainien pour empêcher toute nouvelle attaque russe à l’avenir.

Vladimir Poutine a franchi une « ligne rouge » en Pologne et voudra récidiver s’il ne reçoit pas une réponse musclée des autorités, note M. Arel. Il juge nécessaire d’aller au-delà de mesures visant à renforcer la frontière polonaise, par exemple en renforçant l’arsenal dont dispose Kyiv pour frapper directement des infrastructures russes.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a évoqué notamment mercredi la nécessité d’ériger un « mur antidrone » pour empêcher les actions russes.

Un test pour l’alliance atlantique

Brian Taylor, spécialiste de la Russie rattaché à l’Université de Syracuse, estime que l’envoi de drones sur le sol polonais vise à tester les capacités réactives de l’OTAN.

Cela risque par ailleurs de mettre en lumière des divergences entre les pays membres quant à la marche à suivre, reflétant les efforts de Moscou pour affaiblir l’alliance atlantique.

La crise en Pologne survient alors que Vladimir Poutine multiplie les manifestations de confiance relativement au dénouement militaire de la guerre en Ukraine.

M. Taylor note que ces déclarations doivent être prises avec réserve, puisque la progression des troupes russes sur le terrain demeure ardue et se bute notamment dans l’est du pays à un « mur fortifié » de villes-clés difficile à surmonter.

L’armée russe continue de gruger du territoire en encaissant de lourdes pertes humaines, mais aucun des deux camps ne semble en mesure d’enregistrer une percée susceptible de changer le cours de la guerre.

 Brian Taylor, spécialiste de la Russie de l’Université de Syracuse

Dominique Arel note qu’il est difficile à l’heure actuelle de se faire une idée claire de la situation sur la ligne de front. Les Russes continuent de recruter massivement alors que le processus se complique du côté ukrainien, créant des espaces pour des avancées sans laisser entrevoir d’effondrement prochain.

Qu’elle soit justifiée ou non, la confiance du président russe complique les efforts en cours pour chercher à résoudre le conflit.

M. Taylor note que des mesures supplémentaires sont requises pour renforcer les forces ukrainiennes tout en minant l’économie russe.

Les efforts de l’administration Trump pour pénaliser les pays achetant le pétrole russe, en particulier l’Inde, vont dans la bonne direction, juge M. Arel.

Les pays européens qui continuent à en acheter à prix réduit devraient s’engager le plus rapidement possible à supprimer complètement cet approvisionnement, ajoute le chercheur.

« L’argent est le nerf de la guerre », dit-il.

AFP