Sidya Touré, itinéraire d’un technocrate devenu figure majeure de la politique guinéenne
26 septembre 2026La Guinée perd une de ses figures politiques majeures. Ancien Premier ministre, fondateur et président de l’Union des forces républicaines (UFR), Sidya Touré est décédé le vendredi 25 septembre 2026 à Paris, des suites de maladie. Il laisse derrière lui un parcours marqué par une longue expérience dans l’administration, la gestion économique et la vie politique guinéenne.
Avant son entrée au premier plan de la politique guinéenne, Sidya Touré avait construit une importante carrière en Côte d’Ivoire, où il occupa plusieurs fonctions dans les secteurs public et économique.
Une longue expérience dans l’administration ivoirienne
Au début des années 1980, Sidya Touré est notamment administrateur de plusieurs sociétés ivoiriennes, dont la Société de production et de commercialisation du sucre (SODESUCRE), la Société ivoirienne de raffinage (SIR), ainsi que de la société de distribution des produits pétroliers BP.
Il préside également l’Office de commercialisation des produits agricoles (OCPA), chargé notamment de la collecte de la production de riz et de maïs.
Entre 1981 et 1983, il devient directeur de cabinet du ministre ivoirien du Plan et de l’Industrie. Il assure également la direction générale par intérim du Bureau de développement industriel (BDI), où il participe à la promotion de l’industrie ivoirienne.
Son parcours le conduit ensuite à occuper plusieurs responsabilités dans des entreprises et institutions économiques, notamment à l’Énergie électrique de Côte d’Ivoire (EECI), aux Industries chimiques du Sénégal (ICS) et à la Société ivoirienne de banque (SIB).
De 1983 à octobre 1989, Sidya Touré est directeur de cabinet du ministre d’État. Il participe alors aux négociations relatives au rééchelonnement de la dette publique ivoirienne et préside la Commission technique de suivi économique chargée notamment des négociations sur la dette et de l’élaboration d’un programme de relance économique.
Entre novembre 1990 et décembre 1993, il exerce les fonctions de directeur de cabinet du Premier ministre ivoirien à Abidjan.
Après cette période, il préside la Société financière et industrielle du Golfe (SOFIG), avant de se consacrer également à des activités agricoles en Guinée, notamment comme planteur à Kolo, dans la préfecture de Boffa.
Premier ministre de Guinée
Le retour de Sidya Touré sur le devant de la scène politique guinéenne intervient en 1996, lorsqu’il est nommé Premier ministre sous la présidence de Lansana Conté.
Son passage à la Primature est marqué par des réformes dans plusieurs secteurs de l’administration et de l’économie. Son gouvernement travaille notamment sur les questions d’eau et d’électricité, l’assainissement du fichier de la fonction publique, les relations avec les partenaires extérieurs et la mobilisation de financements.
Durant son mandat, la Guinée obtient notamment un programme formel avec le Fonds monétaire international (FMI), ouvrant la voie au processus devant permettre au pays de bénéficier du statut de pays pauvre très endetté (PPTE).
Après son passage à la Primature, Sidya Touré s’impose progressivement comme l’une des principales figures de l’opposition guinéenne.
La création et l’ascension de l’UFR
Le 20 mai 2000, il est élu président de l’Union des forces républicaines (UFR), formation politique créée en 1992.
Sous sa direction, l’UFR se présente comme une formation centriste, libérale et sociale, défendant notamment le pluralisme politique, la réconciliation nationale et le développement économique.
Sidya Touré revendique également une implantation nationale de son parti et une ligne politique qui se veut transversale, au-delà des appartenances régionales et communautaires.
En 2010, il se présente à l’élection présidentielle et arrive en troisième position au premier tour avec 13,02 % des suffrages. Il apporte ensuite son soutien à Cellou Dalein Diallo pour le second tour.
Il est de nouveau candidat à l’élection présidentielle de 2015.
Haut représentant du chef de l’État
En janvier 2016, Sidya Touré est nommé haut représentant du chef de l’État, devenant le premier responsable à occuper officiellement cette fonction en Guinée.
Il conserve ce poste jusqu’en décembre 2018, date à laquelle il démissionne.
Par la suite, il rejoint les autres figures politiques opposées au projet de troisième mandat d’Alpha Condé. Cette période marque une nouvelle étape de son engagement dans l’opposition.
L’exil après le 5 septembre 2021
Après la prise du pouvoir par le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), le 5 septembre 2021, Sidya Touré quitte la Guinée.
Il s’installe notamment à Abidjan, où il bénéficie de la proximité avec le président ivoirien Alassane Ouattara. Les deux hommes s’étaient connus plusieurs décennies auparavant, lorsque Ouattara occupait les fonctions de Premier ministre de Côte d’Ivoire.
Une figure de la vie politique guinéenne
Pendant plus de deux décennies, Sidya Touré aura occupé une place importante dans la vie politique guinéenne. Technocrate formé à la gestion économique, ancien Premier ministre et chef de parti, il aura participé à plusieurs grandes séquences de l’histoire politique récente du pays.
L’UFR, longtemps présentée comme une formation politique à vocation nationale et particulièrement implantée auprès des cadres et des intellectuels, a traversé plusieurs crises et départs de responsables au fil des années.
Le parti a finalement été dissous en 2026 .
Avec la disparition de Sidya Touré, la Guinée perd ainsi l’une des personnalités politiques qui auront marqué la période allant de la fin des années 1990 aux années 2020.
Doura



