Sénégal : l’influenceur nationaliste Keylor déféré au parquet pour plusieurs accusations
23 octobre 2026L’influenceur sénégalais Papa Saliou Ciss, connu sous le pseudonyme de « Keylor », doit être présenté au parquet ce vendredi 23 octobre 2026 à Dakar. Placé en garde à vue à la Sûreté urbaine, il est poursuivi à la suite d’une plainte liée à des vidéos publiées sur TikTok au sujet d’un prétendu boycott de produits fabriqués au Sénégal. Cette affaire relance le débat sur les discours nationalistes et leurs conséquences dans l’espace public sénégalais.
Âgé de 30 ans, Papa Saliou Ciss est accusé d’avoir diffusé des vidéos dans lesquelles il met en cause des commerçants soupçonnés de boycotter des produits locaux, notamment les eaux Kirène, Séo et Casamançaise, ainsi que le sucre produit au Sénégal.
La plainte a été déposée par El Hadji Boubacar Ba, président de la Fédération nationale des boutiquiers pour la modernisation (FNBM). Selon le plaignant, ces publications portent atteinte à la réputation des commerçants concernés et sont susceptibles d’alimenter les tensions entre commerçants sénégalais et étrangers.
Le responsable de la fédération soutient que les ruptures de stock constatées s’expliqueraient par des difficultés d’approvisionnement, et non par un boycott des produits locaux.
Keylor conteste les accusations
Entendu par les enquêteurs en présence de ses avocats, l’administrateur du compte TikTok « @keylor1004 » a reconnu être l’auteur des vidéos incriminées. Il affirme toutefois avoir voulu attirer l’attention des autorités sur la disponibilité des produits locaux et la protection des consommateurs.
Il soutient également que les commerçants filmés étaient informés des prises de vues et que leurs visages avaient été floutés. Concernant le boycott présumé, il affirme avoir évoqué une possibilité sans présenter ses soupçons comme une certitude.
L’influenceur rejette par ailleurs toute intention de stigmatiser les commerçants étrangers ou de viser une communauté ethnique. Il se présente comme un lanceur d’alerte soucieux de défendre les intérêts des consommateurs.
Selon les informations rapportées par la presse sénégalaise, il doit répondre de faits qualifiés de diffamation, de collecte illicite de données à caractère personnel, d’incitation à la discrimination raciale et d’appel à la haine. Ces accusations restent à examiner par la justice.
Les discours nationalistes sous le regard de l’opinion
Cette affaire intervient dans un contexte où les prises de position identitaires et nationalistes suscitent des débats au Sénégal. Les appels à privilégier les produits locaux peuvent relever d’une préoccupation économique, mais les accusations visant des catégories de commerçants peuvent également soulever des questions lorsqu’elles sont susceptibles d’alimenter des tensions communautaires.
Le cas de Keylor attire d’autant plus l’attention qu’il est présenté comme proche de Tahirou, une figure controversée associée à des prises de position nationalistes et à des discours hostiles aux Peuls. Cette proximité, à elle seule, ne permet toutefois pas de lui imputer les positions ou les propos d’une autre personne.
L’enjeu judiciaire sera notamment de déterminer si les publications incriminées constituent des infractions au regard de la législation sénégalaise, au-delà des explications avancées par leur auteur.
Le précédent de Nourah Ba
L’affaire intervient également après l’arrestation récente à Dakar de Nourah Ba, une influenceuse sénégalaise d’origine guinéenne, selon les informations évoquées dans ce dossier. Les circonstances précises de son arrestation et les éventuels liens entre les deux affaires nécessitent toutefois des éléments supplémentaires pour établir un rapprochement.
Pour l’heure, le dossier de Keylor porte sur des publications relatives au commerce et au prétendu boycott de produits locaux. Sa présentation au parquet doit permettre de connaître les suites judiciaires réservées à l’affaire.
Au-delà de la popularité des réseaux sociaux, cette procédure pose une question plus large : où se situe la limite entre la dénonciation d’un problème économique, la liberté d’expression et des propos susceptibles de porter atteinte à la réputation d’autrui ou d’attiser des tensions entre communautés ?
Yayé Barry



