Sénégal : Diomaye Faye accélère la reprise en main de l’appareil d’État, sur fond de tensions avec Sonko

Sénégal : Diomaye Faye accélère la reprise en main de l’appareil d’État, sur fond de tensions avec Sonko

11 septembre 2026 Non Par LA RÉDACTION

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a procédé à une vaste série de nominations à la tête de plusieurs directions générales, agences et conseils d’administration. Une opération qui intervient dans un contexte de tensions croissantes avec Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale et ancien Premier ministre.
Le Conseil des ministres exceptionnel tenu jeudi au Palais de la République, sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye, a acté plus de 80 nominations dans plusieurs secteurs de l’administration sénégalaise.
De la Présidence aux ministères, en passant par les agences publiques et les sociétés nationales, la vague de changements touche une grande partie de l’appareil d’État. Dans la presse sénégalaise, cette opération est largement interprétée comme un tournant politique dans les rapports entre le chef de l’État et son ancien Premier ministre, Ousmane Sonko.
Plusieurs responsables considérés comme proches du parti Pastef ont été remplacés. Certains médias sénégalais parlent ainsi d’une « grande purge » et d’un président ayant « sorti le balai ». Une lecture politique qui reste toutefois à mettre en perspective avec les justifications officielles des autorités, qui présentent ces changements comme relevant de la gestion de l’administration.
Une vaste recomposition de l’appareil d’État
À la Présidence de la République, Assane Kassé remplace Elimane Pouye à la tête de la SOGEPA. Moussa Diop est nommé délégué général à la Promotion des pôles urbains de Diamniadio et du Lac Rose, en remplacement de Bara Diouf.
À la Primature, Taibou Diedhiou prend la direction de l’ANRAC en Casamance, tandis que Bourama Dieme devient président du conseil de surveillance de l’agence.
Au ministère des Affaires étrangères, l’ambassadeur Gorgui Ciss est nommé secrétaire général du département, en remplacement de Khare Diouf, appelé à d’autres fonctions.
Le secteur de l’énergie connaît également plusieurs changements. Thierno Alia Mbengue prend la tête de l’ANER, Pape Momar Ngom celle de l’ASER, tandis que Jean Baptiste Diouf est nommé président du conseil d’administration de la Senelec.
D’autres mouvements concernent notamment l’industrie, le commerce, la famille, l’environnement, l’urbanisme, les transports, la culture, le tourisme, l’emploi, la santé, la communication, l’enseignement supérieur, la pêche, l’agriculture, les finances, la jeunesse et les infrastructures.
La Direction générale des Douanes connaît notamment un changement avec la nomination de Malick Mbaye en remplacement de Babacar Mbaye, appelé à d’autres fonctions.
Dans les transports, Modou Bara Gaye prend la direction de Dakar Dem Dikk, tandis que Djibril Ba est nommé à la tête des Autoroutes du Sénégal.
À la communication, Badara Pouye prend la direction de la Maison de la Presse « Babacar Touré » et Souleymane Amadou Ly succède à Mame Gor Ngom au BIC-GOUV.
Le mouvement s’étend également aux établissements hospitaliers, aux structures universitaires et à plusieurs sociétés et agences publiques.
Le spectre d’une rupture avec Sonko
Au-delà de l’ampleur administrative de ces nominations, leur dimension politique attire particulièrement l’attention.
Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont longtemps incarné un même projet politique au sein de Pastef. L’accession de Diomaye Faye à la présidence de la République en avril 2024 avait été largement portée par la mobilisation politique construite autour de Sonko.
Mais les relations entre les deux hommes semblent désormais marquées par des divergences de plus en plus visibles.
Sonko, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale après avoir occupé le poste de Premier ministre, demeure une figure centrale de Pastef et dispose d’une importante base politique. La multiplication des changements à la tête des structures publiques est donc observée avec attention par les acteurs politiques sénégalais.
Pour certains observateurs, Diomaye Faye chercherait désormais à construire une autonomie politique plus affirmée et à disposer d’un appareil administratif directement aligné sur sa vision du pouvoir.
2029 déjà dans les calculs politiques ?
Cette reprise en main intervient également à trois ans de la prochaine présidentielle sénégalaise prévue en 2029.
Même si l’échéance reste lointaine, le rapport de force entre les deux principales figures issues de Pastef pourrait progressivement devenir déterminant pour l’avenir politique du pays.
L’hypothèse d’une ambition de second mandat pour Bassirou Diomaye Faye alimente déjà les commentaires. Dans cette lecture, le président chercherait à consolider progressivement son propre leadership, à réduire sa dépendance politique vis-à-vis de Sonko et à préparer les conditions d’une éventuelle candidature en 2029.
Mais parler d’une volonté de « détruire » ou d’« écraser » Sonko relève, à ce stade, de l’analyse politique et non d’un fait officiellement établi.
La véritable question est désormais de savoir si cette vaste recomposition administrative constitue simplement une opération de renouvellement de l’appareil d’État ou si elle marque le début d’un nouveau rapport de force au sommet du pouvoir sénégalais.
Une chose semble néanmoins acquise : après avoir longtemps avancé sous le même étendard politique, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko semblent désormais engagés dans une phase où chacun cherche à affirmer son propre poids dans l’avenir politique du Sénégal.

Yayé Barry