Sénégal : Bassirou Diomaye Faye limoge Ousmane Sonko, le divorce politique est consommé

Sénégal : Bassirou Diomaye Faye limoge Ousmane Sonko, le divorce politique est consommé

23 mai 2026 Non Par Doura

Le Sénégal vient de vivre un tournant politique majeur. Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a mis fin vendredi 22 mai 2026 aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko, actant la rupture définitive entre les deux hommes qui dirigeaient ensemble le pays depuis mars 2024.
Cette décision met un terme à un tandem politique longtemps présenté comme indissociable. Mais depuis plusieurs mois, la relation entre le chef de l’État et son ancien mentor s’était profondément détériorée, laissant place à une rivalité ouverte au sommet de l’exécutif sénégalais.
Une fracture apparue dès 2025
Les premiers signes de rupture remontent à juillet 2025. À l’époque, Ousmane Sonko évoquait publiquement un « problème d’autorité », voire une « absence d’autorité » au sommet de l’État. Une déclaration perçue comme une critique directe envers Bassirou Diomaye Faye, accusé de ne pas suffisamment défendre son Premier ministre face aux attaques politiques et de ralentir les réformes promises, notamment la reddition des comptes.
Quelques mois plus tard, en novembre 2025, les tensions franchissent un nouveau cap. Le président sénégalais décide alors de réactiver la coalition politique ayant porté le pouvoir en 2024 et nomme Aminata Touré à sa tête, contre l’avis d’Ousmane Sonko et du parti Pastef. Au sein de la majorité, cette décision est vécue comme une trahison.
Dès lors, les désaccords deviennent publics et le bras de fer politique s’installe durablement, alimenté par les ambitions présidentielles des deux figures du pouvoir.
Les fonds politiques au cœur des tensions
Ces derniers mois, les relations entre les deux hommes n’ont cessé de se dégrader à travers des déclarations interposées. Début mars 2026, Ousmane Sonko évoquait déjà la possibilité d’un retour dans l’opposition, parlant même d’une « cohabitation douce ».
Le 2 mai dernier, lors d’une interview accordée à la presse, Bassirou Diomaye Faye avait publiquement reconnu qu’il pourrait limoger son Premier ministre si la confiance venait à disparaître.
Vendredi, quelques heures avant son éviction, Ousmane Sonko a de nouveau affiché ses divergences avec le chef de l’État devant les députés. Le désormais ex-Premier ministre a insisté sur la nécessité de mieux contrôler les fonds politiques de la présidence et de la primature, des enveloppes financières qui échappent encore au contrôle parlementaire.
Le leader du Pastef a expliqué que le député Guy Marius Sagna avait pris l’initiative de proposer une réforme sur cette question. Selon Ousmane Sonko, cette réforme devait toutefois être portée directement par l’exécutif.
Il affirme avoir demandé au président de la République d’agir rapidement, mais Bassirou Diomaye Faye aurait préféré temporiser afin d’évaluer la faisabilité du projet.
Face à cette prudence, Ousmane Sonko a lancé un avertissement clair : si le chef de l’État tardait à trancher, il soumettrait lui-même le texte en Conseil des ministres. Une sortie qui a confirmé aux observateurs l’ampleur des tensions au sommet de l’État.
Un soutien populaire immédiat à Ousmane Sonko
Après l’annonce de son limogeage, les réactions ont été immédiates sur les réseaux sociaux. Des centaines d’internautes ont partagé des messages de soutien accompagnés du slogan : « Tu ne marcheras jamais seul ».
À Université Cheikh-Anta-Diop ainsi que devant le domicile de l’ancien Premier ministre, plusieurs centaines de sympathisants se sont rassemblés pour afficher leur solidarité avec celui qui redevient désormais l’un des principaux opposants au pouvoir.
Dans un communiqué publié vendredi soir, le parti Pastef a salué « le travail remarquable accompli par le Premier ministre et son gouvernement » et annoncé la préparation de son congrès prévu le 6 juin prochain.
En attendant la nomination d’un nouveau chef du gouvernement, les membres du gouvernement sortant ont été chargés d’expédier les affaires courantes.

Doura