Sahel : l’expansion jihadiste gagne les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest, alerte une ONG

Sahel : l’expansion jihadiste gagne les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest, alerte une ONG

13 décembre 2025 Non Par LA RÉDACTION

 

Les violences jihadistes, longtemps concentrées au cœur du Sahel, progressent désormais vers les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest. C’est l’un des principaux signaux d’alerte lancés par l’ONG Acled dans son rapport sur les crises sécuritaires à surveiller en 2026, publié le 11 décembre. L’organisation fait état de la consolidation d’un « nouveau front » jihadiste dans les zones frontalières reliant le Bénin, le Niger et le Nigeria.

Selon Acled, les groupes armés ont considérablement intensifié leurs opérations au Sahel central. Au cours de l’année écoulée, plus de 10 000 morts ont été enregistrés au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Parallèlement, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à al-Qaïda, ainsi que l’État islamique au Sahel étendent leur emprise vers le sud, ciblant les régions frontalières des pays côtiers.

Le nord du Bénin durement touché

Cette dynamique affecte particulièrement le nord du Bénin, frontalier du Burkina Faso, du Niger et du Nigeria. La région a connu en 2025 son année la plus meurtrière jamais recensée, avec une augmentation d’environ 70 % du nombre de décès par rapport à la même période en 2024. Cette dégradation sécuritaire a été marquée par l’attaque d’avril dernier dans le parc national W, où plus de 50 soldats béninois ont perdu la vie. Le Jnim y mène des opérations transfrontalières accrues depuis l’est du Burkina Faso.

La zone trifrontalière, épicentre d’un conflit élargi

Acled souligne également une implantation désormais confirmée des groupes jihadistes sahéliens dans le nord-ouest et l’ouest du Nigeria. Cette convergence entre mouvements jihadistes sahéliens et nigérians marque un tournant majeur : des zones d’opérations autrefois distinctes tendent à fusionner, créant un vaste corridor d’insécurité s’étendant du Mali jusqu’à l’ouest du Nigeria. La zone trifrontalière s’impose ainsi comme un véritable « point névralgique du conflit ».

Des modes opératoires de plus en plus agressifs

Si les bilans humains restent comparables à ceux de 2024, Acled observe une intensification des stratégies employées. Au Mali, des attaques ciblées contre des convois de carburant, à partir de septembre, ont provoqué un blocus économique partiel. Cette situation a entraîné une recrudescence de la violence dans les régions de Kayes, Sikasso et Ségou, atteignant des niveaux inédits depuis le début des relevés de l’ONG en 1997.

Enfin, les groupes jihadistes ont multiplié les enlèvements, notamment de ressortissants étrangers. En 2025, Acled dénombre 22 kidnappings au Mali et huit au Niger, confirmant une tendance préoccupante à la diversification et à la brutalisation des actions armées dans l’ensemble du Sahel élargi.


Yayé Barry