Massacre du 28 septembre 2009 : ce que révèle le verdict historique rendu en Guinée

Massacre du 28 septembre 2009 : ce que révèle le verdict historique rendu en Guinée

29 septembre 2024 Non Par Doura

Massacre du 28 septembre 2009 : ce que révèle le verdict historique rendu en Guinée

Le procès du massacre du 28 septembre 2009 a marqué une étape majeure dans la quête de justice en Guinée. Dans son verdict rendu le 31 juillet 2024, le tribunal de première instance de Dixinn, délocalisé à la Cour d’appel de Conakry, a mis en évidence l’existence de préparatifs et d’une coordination entre plusieurs groupes impliqués dans la répression du rassemblement de l’opposition au stade de Conakry.

Selon l’analyse du jugement publiée par Radio France Internationale (RFI), les magistrats ont qualifié les faits d’attaque « généralisée et systématique », estimant que la répression avait fait l’objet d’une organisation méthodique. Le massacre avait fait au moins 156 morts, selon les Nations unies, tandis que de nombreuses personnes avaient été blessées, violées ou portées disparues.

Trois actes préparatoires identifiés par les juges

Dans leur décision, les magistrats ont retenu trois principaux éléments préparatoires à la répression du rassemblement du 28 septembre 2009.

Le premier concerne l’encadrement de plusieurs centaines de jeunes par le colonel Claude Pivi, alors chargé de la sécurité présidentielle. Selon le jugement, environ 400 jeunes auraient été encadrés dans l’enceinte de la présidence avant les événements. Toutefois, le document ne précise pas toutes les modalités de leur recrutement ni les responsabilités individuelles de chacun.

Le deuxième élément porte sur la mobilisation de personnes présentées comme des féticheurs par Gono Sangaré, un proche de l’ancien chef de la junte, Moussa Dadis Camara. Son nom a été régulièrement cité au cours du procès. Inculpé en novembre 2022, il n’a toutefois pas été entendu par les juges, étant alors signalé en fuite.

Le troisième point concerne les recrues du camp de Kaléah, situé près de Forécariah. Des témoignages recueillis au cours du procès ont indiqué que plusieurs centaines de recrues avaient été sélectionnées quelques jours avant la manifestation, puis envoyées à Conakry.

Le tribunal a retenu que certaines de ces recrues avaient participé au massacre. Le témoignage de Mamadi Soumaoro, ancien pensionnaire du camp, a notamment contribué à éclairer leur déplacement et leur présence lors des événements.

Le rôle de plusieurs responsables militaires et sécuritaires

Le jugement a également établi le rôle de Blaise Goumou dans la sélection, l’encadrement et le transport de recrues de Kaléah vers le stade. Ancien instructeur dans ce camp, il avait rejoint les services spéciaux dirigés par Moussa Thiégboro Camara au moment des faits.

Les magistrats ont par ailleurs relevé une coordination entre plusieurs groupes impliqués dans la répression, notamment la garde présidentielle, les services spéciaux et les recrues de Kaléah.

Cette conclusion contredit la version selon laquelle les violences auraient été commises uniquement par des éléments de la garde rapprochée de Moussa Dadis Camara, sans coordination plus large.

Moussa Dadis Camara au centre des responsabilités retenues

Dans son analyse des événements, le tribunal a accordé une place centrale à Moussa Dadis Camara, qui dirigeait la junte au moment du massacre.

Les juges ont retenu son implication dans certains préparatifs, le déploiement de la garde présidentielle au stade et son absence d’intervention pour faire cesser les violences, alors qu’il avait été informé de la situation.

Le verdict a également mis en lumière la poursuite des exactions dans les jours suivants, notamment des enlèvements, des séquestrations et des actes de torture dans certains lieux de détention.

Des zones d’ombre toujours présentes

Malgré les avancées judiciaires, plusieurs questions demeurent sans réponse définitive. Le jugement ne détaille pas entièrement la chaîne de commandement ni la manière dont les différentes unités ont coordonné leurs actions le jour du massacre.

Le rôle précis de certains acteurs, les circonstances de certaines décisions et la question des fosses communes n’ont pas été pleinement élucidés au cours du procès.

De nouvelles inculpations ont également été prononcées à la suite des témoignages recueillis à l’audience. Parmi les personnes concernées figurent notamment Bienvenu Lamah et Georges Olemou, dont les responsabilités présumées restent soumises à l’examen judiciaire.

Une procédure judiciaire qui reste ouverte

En retenant la qualification de crimes contre l’humanité, les magistrats ont reconnu la gravité des faits et leur caractère imprescriptible. Le verdict du 31 juillet 2024 constitue ainsi une étape importante dans le processus judiciaire engagé pour établir les responsabilités liées au massacre.

Au-delà des condamnations prononcées, la procédure laisse subsister des interrogations sur certains aspects de la préparation et de l’exécution de la répression. La poursuite des investigations et l’examen des nouvelles inculpations pourraient contribuer à éclaircir les zones d’ombre qui persistent autour de l’un des épisodes les plus meurtriers de l’histoire politique récente de la Guinée.

Doura