Mamou: Moussa Moïse Sylla annonce le retour des restes de Bokar Biro
9 août 2026En marge de la cérémonie de pose de la première pierre du futur Musée régional et du Centre culturel de Mamou, le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, a effectué ce samedi une visite de courtoisie auprès de la notabilité, des sages et de l’Almamya de Mamou.
Cette rencontre, placée sous le signe du dialogue et de la transmission de la mémoire, a permis au ministre d’échanger avec les gardiens de l’histoire et du patrimoine de la région sur les enjeux liés à la préservation et à la valorisation du patrimoine culturel guinéen.
Au cours des échanges, les sages et notables de Mamou ont salué les initiatives engagées par le département de la Culture, notamment celles relatives au retour en Guinée des restes de l’Almamy Bokar Biro, figure majeure de l’histoire du Fouta-Djalon.
Ils ont considéré cette démarche comme un acte important de réhabilitation de la mémoire nationale.
Prenant la parole, Moussa Moïse Sylla a expliqué que la construction du Musée régional et du Centre culturel de Mamou s’inscrit dans la vision du programme Simandou 2040, qui entend faire de la culture et du patrimoine des leviers de développement, d’éducation et de transmission de l’histoire nationale.
Le ministre a également évoqué les démarches entreprises par les autorités guinéennes pour obtenir la restitution de plusieurs biens historiques conservés à l’étranger. Parmi eux figurent des objets ayant appartenu à l’Almamy Samory Touré, qui pourraient, à terme, rejoindre les collections des musées nationaux.
Concernant spécifiquement Bokar Biro, le ministre a annoncé une avancée particulièrement significative. Selon lui, les recherches entreprises ont permis de retrouver en France la trace de quatre restes humains liés à Bokar Biro et à certains de ses compagnons.
Une demande officielle de restitution aurait été adressée aux autorités françaises au nom du Président de la République. Leur retour en Guinée devrait permettre, selon le ministre, l’organisation de funérailles nationales en hommage à ces figures historiques.
Cette perspective donne une dimension particulière au projet du Musée régional de Mamou, appelé à devenir un espace de conservation, de recherche et de transmission de l’histoire de la région et, plus largement, de la Guinée.
Almamy Bokar Biro appartenait à la faction Soriya et avait pour base Timbo, alors capitale de la fédération du Fouta-Djalon.
Son accession au pouvoir intervient dans un contexte de rivalités politiques entre les factions Alfaya et Soriya. Après la mort de l’Almamy Ibrahima Sori Dongolfella en 1890, une lutte pour le pouvoir s’engage. Bokar Biro finit par prendre le contrôle de l’Almamya et tente de consolider son autorité face aux contestations internes.
Son règne est marqué par de profondes tensions avec plusieurs chefs provinciaux et par les ambitions de certains territoires du Fouta-Djalon à davantage d’autonomie. Les rivalités internes vont progressivement fragiliser son pouvoir alors que la pression française s’intensifie dans la région.
Après plusieurs épisodes de perte et de reconquête du pouvoir, Bokar Biro rassemble une nouvelle armée et poursuit la résistance face à l’avancée française.
Le 13 novembre 1896, il affronte les troupes françaises lors de la bataille de Porédaka. Son armée est vaincue par l’artillerie française. Les récits historiques divergent toutefois sur les circonstances précises de sa mort : certaines traditions rapportent qu’il aurait été tué lors de la bataille, tandis que d’autres sources indiquent qu’il aurait survécu avant d’être capturé puis décapité.
La disparition de Bokar Biro marque un tournant majeur dans l’histoire du Fouta-Djalon et précède l’installation du protectorat français.
Près de 130 ans après ces événements, la démarche annoncée par les autorités guinéennes autour des restes de Bokar Biro s’inscrit dans une volonté plus large de réappropriation de la mémoire historique nationale.
Pour le ministère de la Culture, le retour de ces restes et la restitution progressive des biens historiques guinéens conservés à l’étranger doivent contribuer à renforcer la connaissance de l’histoire du pays et à transmettre cet héritage aux générations futures.
À Mamou, la future infrastructure culturelle devrait ainsi constituer un nouveau lieu de mémoire, au moment où les autorités entendent faire du patrimoine un instrument de fierté nationale, de cohésion sociale et de développement culturel.
Abdourahmane Koula Diallo




