
Ce pays en est à sa 67ème année de dictature. Un record ! Soixante-sept ans de cruauté et d’injustice, soixante-sept ans de péchés capitaux ! Le croyant, le vrai, aurait appelé ça, le règne interminable du diable. En Guinée, cela passe pour la norme: Le crime d’État est devenu une pratique régulière, une simple méthode de gouvernement, que dis-je, un élément constitutif de nos mœurs politiques et cela ne choque personne, pas même ces messieurs en soutane et en burnous. Pervertie jusque dans la foi, notre société est devenue un bazar où l’on est obligé de mentir, de voler, de tuer, pour devenir quelqu’un et cela ne choque personne, pas même les abbés et les karamokos. Notre peuple est devenu un peuple de moutons. Le premier chefaillon venu peut les attacher, les égorger ou les faire disparaître sans choquer personne, pas même ceux qui se disent gardiens de la vertu et de la morale. Vautrés dans le lucre et dans la lâcheté collective, les Guinéens ont perdu toute idée du bien, tout sens du sacré et cela ne choque personne, pas même ceux qui brandissent la Bible et le Coran. Plus personne pour fustiger le crime, plus personne pour soulager la veuve et l’orphelin ! Pour paraphraser Goethe, la Guinée, c’est là où les tyrans sont chez eux.
Comment peut-on, mon dieu, prêcher l’islam et le christianisme et rester indifférent à tant de geôles, à tant de sang, à tant de larmes ? Comment peut-on adorer le Christ, comment peut-on vénérer le Prophète et garder un cœur de marbre devant tant d’innocents broyés sous le double effet de la cruauté gratuite et de la folie du pouvoir ?
Toutes ces questions me poussent à en poser une autre : Guinéens, pensez-vous que prier derrière des gens qui, tous les jours que fait le bon dieu, se coltinent avec des autocrates aux mains tachées de sang, est le plus sûr moyen d’accéder au paradis ?
Tierno Monénembo
Source : lelynx.net



