Guinée : la « kush », drogue mortelle, inquiète les autorités
20 décembre 2022

Elle s’appelle la kush et a fait son apparition cette année en Guinée. En quelques mois, cette drogue a déjà causé une dizaine de décès, suscitant une réaction rapide des autorités de la transition. Les services spéciaux, rattachés à la présidence, sont désormais en première ligne pour la répression. Reportage lors d’un coup de filet à Conakry.
Dans la cour des services spéciaux, les agents s’organisent. Kalachnikovs en bandoulière, gilets et brassards ajustés, ils se préparent à une nouvelle opération contre la kush, la quatrième en un mois. À leur tête, le secrétaire général Abdoul Malick Koné : « Tout le monde est prêt ? Les lieux restent confidentiels jusqu’à l’arrivée. Soyez prêts à intervenir ».
Le convoi traverse la ville à vive allure, jusqu’à un terrain vague en bordure de mer, fermé par une porte en tôle. Deux présumés dealers sont interpellés et une vingtaine de doses de kush saisies. « C’est la dernière transformation avant la vente », précise un agent.
La kush se présente sous forme d’une poudre brune dans un petit papier plié. Sa fabrication est simple mais dangereuse : du cannabis pilé mélangé à des produits chimiques comme l’acétone, le formol et parfois des opioïdes. Le prix d’une dose est dérisoire : 5 000 francs guinéens, soit environ 50 centimes d’euro.
Abdoul Malick Koné explique : « Tout ce que nous avons saisi vient de la Sierra Leone et est en train d’arriver ici. Nous devons stopper l’hémorragie avant que cela ne se répande dans le pays. Une synergie d’action est nécessaire : nous intervenons pour saisir la drogue et interpeller les individus, mais les ministères sectoriels doivent nous accompagner. »
Le 24 novembre, le gouvernement a annoncé un plan d’action impliquant huit ministères pour intensifier la lutte contre cette drogue. La kush arrive principalement par les ports artisanaux et clandestins le long du littoral et depuis la Sierra Leone, où elle a déjà fait des ravages.
Crainte dans la population
Une jeune femme présente sur le terrain confie : « J’approuve ces interventions ! Beaucoup de jeunes perdent la tête ces derniers temps à cause de la drogue. Je suis venue chercher mon petit frère, je pensais qu’il était dans le garage à côté. On a tous peur maintenant ».
Mais les agents manquent de moyens et le terrain joue en faveur de la kush : plus de 300 km de littoral et 650 km de frontière terrestre avec la Sierra Leone à surveiller. Les autorités appellent donc à une mobilisation collective pour freiner la propagation de cette drogue mortelle.
Sory Binta Bah



