Guinée : la Journée mondiale de lutte contre le sida célébrée en présence du Premier ministre
2 décembre 2025 Non Par Doura
Conakry, 1er décembre – La Guinée a célébré dimanche la 37ᵉ Journée mondiale de lutte contre le sida lors d’une cérémonie présidée par le Premier ministre Amadou Oury Bah, également président du Comité national de lutte contre le sida. Plusieurs membres du gouvernement, dont les ministres de la Santé, de la Promotion féminine et de la Coopération, ainsi que la gouverneure de Conakry et le premier président de la Cour suprême, ont pris part à l’événement, aux côtés de personnes vivant avec le VIH.
Les festivités ont débuté par un carnaval parti du commissariat central de la police jusqu’à un hôtel du centre-ville, un parcours d’environ 300 mètres visant à rappeler que « la maladie est toujours présente et continue de tuer ».
Prévalence stable mais taux élevés dans certains groupes
Le directeur exécutif du Comité national de lutte contre le sida (CNLS), Dr Abbass Diakité, a dressé un état des lieux de l’épidémie en Guinée. Le pays présente une prévalence généralisée de 1,5 % dans la population générale, avec un taux plus élevé chez les femmes (2 %).
Selon lui, certains groupes restent particulièrement touchés :
- hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes : 4,9 %
- professionnels du sexe : 3,5 %
- hommes en uniforme : 3,9 %
- pêcheurs : 2,1 %
- personnes vivant avec un handicap : 2,3 %
- routiers : 1,9 %
Le nombre de personnes sous traitement antirétroviral a atteint plus de 100 000 en 2025, contre 99 000 en 2024. Chez les femmes enceintes, la prévalence est passée de 1,5 % en 2020 à 1,3 % en 2024, soit 3 682 testées positives, dont 3 148 déjà sous ARV.
Les nouvelles infections ont chuté de 9 494 en 2024 à 4 723 en 2025, soit une baisse de 50 %, a indiqué Dr Diakité.
Alerte sur la baisse des financements internationaux
Le représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Jean-Marie Kipela, a toutefois exprimé son inquiétude face à une réduction « sans précédent » des financements internationaux pour le VIH.
« Cette baisse risque de remettre en cause des décennies de progrès. Mais elle offre aussi l’occasion de bâtir une riposte plus forte, plus autonome et mieux intégrée », a-t-il déclaré.
Le gouvernement met en avant les progrès réalisés
Le ministre de la Santé, Dr Djouhé Diallo, a salué les résultats obtenus malgré un contexte budgétaire mondial difficile. Il a rappelé que 98 000 patients bénéficiaient d’un traitement gratuit fin 2024, un chiffre passé à environ 101 000 en juin 2025.
Sur le premier semestre 2025, 323 000 femmes enceintes ont été dépistées sur 328 000 consultations prénatales enregistrées, permettant d’intensifier la prévention de la transmission mère-enfant.
« Beaucoup de patients ont aujourd’hui une charge virale indétectable, empêchant ainsi la transmission du virus », a-t-il souligné.
« La stigmatisation demeure l’obstacle majeur »
Dans son discours, le Premier ministre a regretté que l’opinion mondiale se détourne progressivement du VIH, entraînant une baisse de l’attention et de la mobilisation.
« Après 37 ans, certains pensent que le sida n’est plus un sujet d’actualité. Pourtant, il continue de tuer. Le principal obstacle n’est plus seulement le virus, mais la stigmatisation : on a peur de se faire dépister, peur d’en parler », a déclaré Amadou Oury Bah, appelant à « reconnaître que le sida est une maladie comme une autre ».
Témoignage fort d’une survivante
La cérémonie s’est clôturée par le témoignage de Marie Loua, vivant avec le VIH depuis 23 ans.
« Je suis mariée et mère d’enfants. Avec le VIH, on peut avoir une vie de famille. Je demande au gouvernement de nous impliquer davantage dans la lutte », a-t-elle confié.
Abdourahmane Diallo







