Guinée : la CRIEF autorise Kassory Fofana et Damaro Camara à quitter le pays pour des soins

Guinée : la CRIEF autorise Kassory Fofana et Damaro Camara à quitter le pays pour des soins

10 septembre 2026 Non Par LA RÉDACTION

Conakry, 10 septembre 2026 — Le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Alphonse Charles Wright, a requis ce jeudi la mise en œuvre de l’autorisation de sortie du territoire national accordée à Ibrahima Kassory Fofana et Amadou Damaro Camara, pour des raisons de santé.
Dans une réquisition adressée notamment au commissaire spécial de l’aéroport international Ahmed-Sékou-Touré et au directeur central de la police aux frontières, le parquet spécial demande aux services compétents de permettre aux deux anciens hauts responsables de se rendre à l’étranger afin d’y recevoir des soins médicaux.
Kassory Fofana : une interdiction de sortie jugée désormais inopportune
Concernant l’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, le document rappelle qu’une interdiction de sortie du territoire national avait été prise à son encontre par le parquet spécial durant la phase policière de la procédure.
Selon le procureur spécial, cette mesure était initialement destinée à empêcher l’intéressé de se soustraire à l’autorité de la justice avant qu’une décision ne soit rendue sur le fond de l’affaire.
Mais la situation procédurale a depuis évolué.
La chambre des appels de la CRIEF a rendu, le 2 juillet 2026, l’arrêt n°007 dans le dossier opposant le ministère public et l’État guinéen à Ibrahima Kassory Fofana. La juridiction a confirmé sa condamnation pour enrichissement illicite et blanchiment de capitaux, le condamnant à trois ans et neuf mois d’emprisonnement, ainsi qu’au paiement d’une amende de 2 milliards de francs guinéens au profit de l’État.
Le parquet relève que Kassory Fofana avait déjà passé 3 ans, 11 mois et un jour en détention, entre le 6 avril 2022 et le 5 mars 2026.
Des soins spécialisés à l’étranger invoqués par la défense
Dans leur demande de mainlevée de l’interdiction de sortie du territoire, les avocats de l’ancien Premier ministre ont notamment fait état de son état de santé et de la nécessité, selon eux, d’une prise en charge médicale spécialisée à l’étranger.
Le dossier médical produit par la défense fait référence à des examens et à une prise en charge envisagée notamment à l’étranger. Les conseils soutiennent que leur client présente une pathologie nécessitant un suivi spécialisé et évoquent des risques de complications, notamment digestives et neurologiques.
Le parquet indique avoir examiné ces éléments médicaux, notamment le dernier rapport médical daté du 8 juin 2026, ainsi que les pièces relatives à une contre-expertise médicale réalisée antérieurement.
Au terme de son analyse, le procureur spécial estime que la mesure d’interdiction de sortie, prise à une étape antérieure de la procédure, n’est plus opportune à ce stade, compte tenu de l’évolution du dossier judiciaire.
Le parquet invoque le principe de proportionnalité
Dans sa motivation, le procureur spécial s’appuie notamment sur le principe selon lequel les mesures de contrainte doivent rester limitées aux nécessités de la procédure.
Le document rappelle que ces mesures doivent être proportionnées à la gravité de l’infraction reprochée et ne doivent pas porter atteinte à la dignité de la personne.
Le parquet considère ainsi que la levée de l’interdiction de sortie ne remettrait pas en cause les éventuelles voies de recours devant les juridictions supérieures.
Il estime également que Kassory Fofana présente des garanties de représentation, notamment à travers l’élection de domicile faite auprès du cabinet de ses conseils.
Damaro Camara également autorisé à se rendre à l’étranger
La même réquisition concerne Amadou Damaro Camara, ancien président de l’Assemblée nationale.
Le parquet rappelle que celui-ci avait également sollicité une autorisation de sortie du territoire national pour des raisons de santé.
Damaro Camara avait été poursuivi devant la CRIEF dans une procédure portant notamment sur des faits de détournement de deniers publics, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux, corruption, prise illégale d’intérêts et complicité.
Dans son arrêt n°08 du 22 mai 2025, la chambre des appels de la CRIEF avait partiellement infirmé le jugement précédent et condamné l’ancien président de l’Assemblée nationale à trois ans et six mois d’emprisonnement, ainsi qu’au paiement d’une amende de 15 millions de francs guinéens au profit de l’État.
Damaro Camara invoque l’urgence de ses soins
Dans sa demande, Amadou Damaro Camara explique que son état de santé nécessite une prise en charge médicale urgente à l’étranger.
Il affirme avoir entrepris plusieurs démarches pour obtenir la levée de son interdiction de sortie, mais soutient que celles-ci sont restées sans résultat.
Selon les éléments rapportés dans la réquisition, la police aux frontières lui aurait indiqué que la mesure d’interdiction de sortie émanait de l’autorité judiciaire et non de l’administration.
L’ancien président de l’Assemblée nationale a donc sollicité l’intervention du parquet spécial, en s’engageant à revenir en Guinée et à se mettre à la disposition de la justice lorsque cela sera nécessaire.
Le parquet donne instruction pour leur sortie
Après examen des deux demandes, le procureur spécial considère que les conditions sont réunies pour permettre aux deux anciens responsables de quitter le territoire national pour des raisons médicales.
« En conséquence », Alphonse Charles Wright requiert du commissaire spécial de l’aéroport Ahmed-Sékou-Touré et du directeur central de la police aux frontières de mettre en exécution l’autorisation de sortie du territoire national concernant Ibrahima Kassory Fofana et Amadou Damaro Camara.
Cette autorisation est destinée à leur permettre de se rendre à l’étranger afin d’y poursuivre ou recevoir les soins médicaux nécessaires.
La réquisition est datée du 10 septembre 2026 et porte la signature du procureur spécial près la CRIEF, Alphonse Charles Wright.

TBD