Forages privés en Guinée : le projet de compteurs suscite une vive polémique

Forages privés en Guinée : le projet de compteurs suscite une vive polémique

9 juin 2026 Non Par LA RÉDACTION

L’annonce du ministre de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Aboubacar Camara, sur la possible installation de compteurs sur certains forages privés continue de faire réagir en Guinée. Cette proposition, évoquée lors d’une conférence de presse consacrée au secteur de l’eau et à la gestion des forages, intervient dans un contexte marqué par les difficultés persistantes d’accès à l’eau potable dans plusieurs quartiers de Conakry.
Pour de nombreux citoyens, cette réflexion gouvernementale soulève des interrogations alors que certaines zones de la capitale restent confrontées à une pénurie chronique d’eau. Dans plusieurs quartiers, les habitants affirment n’avoir pas vu couler une goutte d’eau dans leurs robinets depuis des années, malgré les promesses répétées des autorités successives.
Face aux insuffisances du réseau public, de nombreux particuliers ont investi leurs propres ressources dans la réalisation de forages. Ces installations servent souvent non seulement aux familles propriétaires, mais également aux voisins et aux populations les plus vulnérables qui viennent y puiser de l’eau quotidiennement.
Lors de sa communication, le ministre Aboubacar Camara a reconnu les difficultés rencontrées par les populations et rappelé que l’accès à l’eau potable constitue un droit fondamental. Il a toutefois insisté sur la nécessité de préserver les ressources en eau souterraine, estimant que la multiplication non contrôlée des forages pourrait à terme fragiliser les nappes phréatiques et compromettre leur disponibilité pour les générations futures.
Selon le ministre, l’installation éventuelle de compteurs permettrait de mieux suivre les volumes prélevés et d’encourager une gestion plus rationnelle de la ressource. Dans le schéma envisagé, les consommations correspondant aux besoins domestiques essentiels seraient préservées, tandis que les prélèvements jugés excessifs pourraient être soumis à une redevance destinée à financer la protection des ressources hydriques et le développement des infrastructures du secteur.
Cette perspective ne fait toutefois pas l’unanimité. Plusieurs observateurs estiment qu’avant d’envisager toute contribution financière sur les forages privés, l’État devrait prioritairement améliorer la desserte en eau potable à travers le renforcement des capacités de la Société des Eaux de Guinée (SEG) et la modernisation des infrastructures hydrauliques.
Aboubacar Camara a précisé qu’aucune décision définitive n’avait encore été prise. Il a indiqué que des concertations se poursuivent avec les ministères concernés, les experts et les partenaires techniques afin de trouver une solution équilibrée conciliant les besoins des populations et la préservation durable des ressources en eau.
En attendant, le débat reste ouvert dans l’opinion publique, où beaucoup considèrent que la priorité demeure l’accès effectif à l’eau potable pour tous les Guinéens avant toute mesure de régulation des forages privés.

Abdourahmane Koula