Au quinquennat présidentiel jusque-là en vigueur, le projet de nouvelle Constitution guinéenne privilégie le septennat. Renouvelable une fois, ce mandat allongé servira-t-il à Mamadi Doumbouya, très probable candidat ?

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Par Damien Glez
Dans la quête d’un calendrier électoral, que d’autres juntes ont renvoyé aux calendes sahéliennes, les autorités guinéennes de transition se hâtent lentement, ou patinent avec entrain, c’est selon. Alors que le chef de l’État esquissait une année électorale lors de ses vœux de Nouvel An, la première moitié de 2025 est déjà échue. Or le scrutin présidentiel est soumis au prérequis d’un référendum constitutionnel. Envoyé au charbon, le Premier ministre Amadou Oury Bah affirmait, en mai dernier, que tout était « fait pour que les élections se déroulent en décembre », ce qui laisse présager une consultation référendaire vers septembre.
Pour que les éventuels amendements à une promesse peu formelle ne semblent pas relever, le moment venu, d’un manque de volontarisme, le projet de future Constitution a été remis, ce 26 juin, au général Mamadi Doumbouya. Les observateurs y ont immédiatement relevé la durée prévue du mandat présidentiel. Celle-ci pourrait passer de cinq à sept ans. C’est le président de l’organe législatif guinéen, le Conseil national de transition (CNT), qui s’est collé, ce week-end, au décryptage.
Arguments en cascade
Dans la plupart des régimes dotés de pouvoirs exécutif et législatif largement indépendants l’un de l’autre, la question du nombre d’années dévolues au projet présidentiel est généralement alimentée par le débat sur l’utilité d’une concomitance des élections présidentielles et législatives, en vue d’une concordance idéologique pourtant hypothétique, si le chef de l’État détient le pouvoir de dissolution de la chambre basse du Parlement..
En conférence de presse, Dansa Kourouma, président du CNT, a versé à la plaidoirie pro-septennat quatre justifications plus ou moins convaincantes. Selon lui, il faudrait espacer des élections « source de tensions, de polémiques, même d’insécurité pour le pays ». Étrange circonvolution qui consiste à promouvoir un rendez-vous démocratique que l’on reconnaît craindre, dans la même logorrhée. Autre argument quelque peu flou : le premier choix du quinquennat ne correspondrait pas aux aspirations populaires jaugées « à l’intérieur du pays ». Un besoin de « stabilité » auquel répondraient les deux années supplémentaires de mandat.
Stabilité ou continuité ?
Deux autres arguments en faveur du septennat ressemblent à des lapalissades. « Cinq ans, c’est trop court pour installer durablement les politiques publiques et produire des résultats visibles », a déclaré Dansa Kourouma. « Les élections coûtent de l’argent », a-t-il ajouté, à grand renfort d’arithmétique : « Si vous prenez un mandat de cinq ans, quinze ans, c’est trois élections. Un mandat de sept ans, vous avez deux élections. Au moins, vous économisez une élection… »
Même sceptiques sur le calendrier esquissé, nombre d’observateurs ne nient pas que des élections ont des chances de se tenir, tout en émettant quelques réserves. Ils se sont inquiétés, courant juin, du remplacement de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) par une Direction générale des élections (DGE) mise sous tutelle du ministère de l’Administration territoriale. Cette inquiétude se tisse avec une autre réserve, celle de voir le général Doumbouya concourir à un scrutin largement sous influence de l’exécutif
Jeune Afrique



