Disparition de Leïla Shahid, figure historique de la cause palestinienne

Disparition de Leïla Shahid, figure historique de la cause palestinienne

18 février 2026 Non Par LA RÉDACTION

La diplomate palestinienne Leïla Shahid est décédée ce mercredi 18 février 2026 à l’âge de 76 ans, a annoncé sa famille au journal Le Monde. Figure emblématique de la cause palestinienne, elle aura consacré plus d’un demi-siècle à défendre les droits de son peuple sur la scène internationale.
Une enfance marquée par l’exil et la Nakba
Née en juillet 1949 au Liban, quelques mois après la Nakba — l’exode forcé de plus de 750 000 Palestiniens — Leïla Shahid grandit dans une famille profondément engagée pour la Palestine. Sa mère, Sirine Husseini, issue d’une grande famille de Jérusalem, avait été contrainte à l’exil dans les années 1930. Son père, Munib Shahid, rencontre sa mère à l’Université américaine de Beyrouth.
Très tôt, la jeune Leïla prend conscience de son appartenance à « un peuple sans patrie ». Elle évoquera plus tard « la découverte de l’injustice faite à la Palestine » comme le premier grand cycle de sa vie.
Militante du Fatah et proche de Yasser Arafat
À 18 ans, au lendemain de la guerre des Six-Jours de 1967, elle rejoint le mouvement Fatah, pilier de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Elle devient rapidement proche de Yasser Arafat, qu’elle accompagnera jusqu’à son décès en 2004.
Engagée auprès des réfugiés palestiniens, elle poursuit parallèlement des études en sciences sociales. Sa thèse de doctorat porte sur la structure sociale des camps de réfugiés palestiniens, analysant les mécanismes de cohésion et d’identité nationale en situation d’exil.
Une diplomate palestinienne de premier plan
À la fin des années 1980, Yasser Arafat la propulse sur le devant de la scène diplomatique. En 1989, elle devient la première femme à représenter officiellement la Palestine à l’étranger.
Elle occupe successivement les fonctions d’ambassadrice en Irlande, aux Pays-Bas, au Danemark, auprès de l’Unesco, puis en France (1993-2005). Elle représentera ensuite la Palestine auprès de l’Union européenne à Bruxelles.
Refusant l’expression « conflit israélo-palestinien », elle préfère parler de « question de Palestine », dénonçant une occupation qu’elle qualifie de coloniale. Elle critique régulièrement l’absence de sanctions internationales contre Israël et fustige ce qu’elle considère comme un « deux poids deux mesures » diplomatique.
Elle s’oppose également à une nomination aux États-Unis sous la présidence de George W. Bush, préférant poursuivre son combat en Europe.
Entre espoirs et désillusions après les accords d’Oslo
Profondément marquée par l’espoir suscité par les accords d’Oslo dans les années 1990, Leïla Shahid confiera avoir vécu « l’enthousiasme puis les déceptions » du processus de paix. Elle estimera plus tard que l’Europe a manqué de fermeté face à la dégradation de la situation sur le terrain.
En 2015, à 65 ans, elle quitte officiellement ses fonctions diplomatiques, malgré les tentatives de Mahmoud Abbas pour la retenir. Elle présidera ensuite la Société des amis de l’Institut du monde arabe, poursuivant son engagement à travers la culture.
Une voix engagée jusqu’à la fin
Après les événements du 7 octobre 2023, elle réapparaît dans les médias pour appeler au respect du droit international et rappeler la nécessité d’une solution politique durable. Défenseure infatigable de l’autodétermination palestinienne, elle n’aura pas vu l’aboutissement de la solution à deux États qu’elle appelait de ses vœux.
Avec sa disparition, la Palestine perd l’une de ses voix diplomatiques les plus respectées et les plus constantes.

RFI
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