
Voilà ce que je sais de cette affaire : De Gaulle avait demandé à Houphouët de lui proposer trois Africains pour intégrer le comité de rédaction de la Constitution de la Vème République, concernant notamment le volet colonial. Ce furent Sékou Touré, Gabriel Lisette et Léopold Sédar Senghor. Mais à la dernière minute quelqu’un (on ne sait pas qui ni pourquoi) effaça le nom de Sékou Touré de la liste. Celui-ci, offusqué, décida de rentrer à Conakry. Il rendit visite à Houphouët avant de prendre l’avion : « Qu’est-ce qu’on fait ? C’est le « Oui » ou c’est le « Non » ? » « Attendons que la Constitution soit rédigée ! », répondit le chef du RDA.
Mais à son escale de Dakar, Sékou apprend que Houphouët a appelé à voter «Oui !» dès que lui-même a quitté Paris. Furieux, il descend de l’avion et convoque un meeting au Cinéma Vox où il s’exclame : «Puisqu’il en est ainsi, dès mon arrivée à Conakry, je proposerai au PDG de voter «Non».
Voilà ! Dans la précipitation, c’est une conférence des Cadres et non un congrès qui a pris la fameuse décision historique. Les Guinéens ne le savent pas mais Barry Diawadou a joué un rôle crucial dans la libération de ce pays. Sans lui, la Guinée ne serait pas devenue indépendante en 1958. Savez-vous, mes chers compatriotes que contrairement à la légende, la Guinée ne fut pas l’unique pays à voter « Non ». Le Niger et Djibouti avaient fait de même. Mais le Colonisateur y avait torpillé l’élan nationaliste en manipulant les partisans du « Oui ». En Guinée, c’était impossible parce que tout le monde avait appelé à voter «Non ».
Barry Diawadou a sauvé deux fois l’Indépendance nationale : en résistant courageusement à l’énorme pression que de Gaulle lors de son passage à Conakry a exercée sur lui mais aussi en refusant la proposition de Massu (qui avait pour cela massé d’impressionnantes troupes dans les environs de Kédougou) de l’installer au pouvoir par la force.
Barry Diawadou vaut mieux qu’une bicoque de quartier, mon lieutenant-colonel ! Pour ce fils d’Aguibou (le dernier almamy de Dabola), pour cette noble figure de l’Histoire de la Guinée en laquelle tous les valeureux fils de ce pays se sont toujours reconnus, c’est un aéroport, un stade, une avenue, un boulevard ou une grande place, sinon rien !
Tierno Monénembo
Source: Le lynx



