Bah Oury ou la logique du « Après moi, le chaos »

Bah Oury ou la logique du « Après moi, le chaos »

1 mars 2026 Non Par LA RÉDACTION

 

Bah Oury ne sert pas le pays. Il semble engagé dans une entreprise de revanche politique personnelle qui coûte cher à la nation et pourrait se révéler fatale au régime qu’il prétend défendre. Beaucoup ont compris qu’il a des comptes à régler, tant avec ses anciens pairs, auxquels il ne pardonne pas de lui avoir fait de l’ombre, qu’au sein même du pouvoir, où il supporte mal la contestation et la concurrence. Son ego et ses rancunes politiques tenaces transparaissent chaque jour. Ils sont, à l’évidence, à la source de ses propres impasses.

Dans ses fonctions de Premier ministre d’une transition interminable, il ne se contente pas de distiller ses attaques, il veut faire savoir qu’il peut désormais décider du sort de chacun et tracer la voie que tous devraient suivre. La loi, ce serait lui, l’étalon politique, ce serait lui, le seul maître à bord, toujours lui. Quiconque ne s’aligne pas serait voué à disparaître. Cet esprit étroit l’empêche de rassembler et d’œuvrer à l’apaisement national.

Ainsi, dans la mission qui lui a été confiée, à tort, car manifestement au-dessus de ses capacités, de structurer un parti politique pour le régime en place, il cherche à imposer une pensée unique et un unanimisme artificiel autour du courant qu’il a été chargé de constituer. Décrié, désavoué, il persiste pourtant, trop sûr de lui, incapable d’accepter la contradiction. Isolé au sein même du régime, trop clivant pour fédérer, il s’engage dans une confrontation ouverte avec de grandes formations politiques comme le RPG et l’UFDG, qu’il menace à mots à peine voilés de dissolution, invoquant une supposée violation de la légalité et de la charte des partis politiques. Un argument qui semble prémédité.

Oublie-t-il qu’il est le Premier ministre d’un régime issu d’un coup d’État ? À qui peut-il opposer la légalité ? A-t-il oublié que, depuis le 5 septembre 2021, c’est davantage le rapport de force qui prévaut que la primauté du droit ? Lui qui a été associé à des événements tragiques le 28 septembre 2009, lors d’une manifestation contre la candidature du capitaine Moussa Dadis Camara, peut-il aujourd’hui se poser en donneur de leçons ? Peut-il invoquer l’exemplarité alors que l’histoire récente demeure si lourde de controverses ?

Un homme qui s’est publiquement renié, qui s’est allié à ce qu’il dénonçait hier, peut-il réellement prétendre incarner l’autorité morale et la crédibilité nécessaires pour prôner le respect des règles, des principes et des bonnes pratiques démocratiques ?

Bah Oury est libre d’assumer ses choix, de cautionner l’arbitraire, de fragiliser des acquis démocratiques obtenus de haute lutte, voire d’envisager la dissolution des partis les plus représentatifs de l’échiquier politique. Mais il ne peut s’imposer dans le cœur des Guinéens ni forcer leurs suffrages, leur respect ou leur estime. Il ne peut davantage se poser en gardien incontesté des lois de la République et des valeurs démocratiques.

Comme tant de dirigeants à travers l’histoire, nul n’est éternel ni invincible. Quoi qu’il entreprenne, il ne triomphera ni de la souveraineté populaire ni de la marche du temps, qui ne se plie ni aux volontés individuelles ni aux ambitions, fussent-elles démesurées. L’homme passera, les institutions et les forces politiques survivront.

Rira bien qui rira le dernier

Souleymane SOUZA KONATÉ.