CRIEF : le parquet ordonne une enquête sur la LONAGUI pour des soupçons de détournement de deniers publics
3 novembre 2026Le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Alphonse Charles Wright, a instruit l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF) d’ouvrir une enquête préliminaire sur la gestion financière de la Loterie nationale de Guinée (LONAGUI). Plusieurs anciens et actuels dirigeants de la société sont concernés par cette procédure.
La Loterie nationale de Guinée (LONAGUI) est dans le viseur de la justice guinéenne. Dans un document daté du 3 novembre 2026, le procureur spécial près la CRIEF, Alphonse Charles Wright, a ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire portant sur des soupçons de détournement de deniers publics, de corruption d’agents publics et de faux et usage de faux en écriture publique dans le secteur des jeux en ligne et de la loterie en République de Guinée.
L’enquête a été confiée à l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF), à la suite d’un signalement transmis au parquet spécial.
Plus de 539 milliards de francs guinéens en impayés
Au cœur des investigations figurent les redevances dues à l’État par la LONAGUI au titre de son réseau physique. Selon les données financières mentionnées dans le document, le montant cumulé des facturations de 2023 à septembre 2026 s’élèverait à 623,23 milliards de francs guinéens.
Sur cette période, seuls 18,92 milliards de francs guinéens auraient été effectivement réglés, exclusivement au titre de l’exercice 2023. Le solde cumulé restant à payer atteindrait ainsi 539,17 milliards de francs guinéens, soit environ 87 % du montant total facturé.
Le document fait état d’une absence de paiement pour les exercices 2024 et 2025, ainsi que pour la période allant de janvier à septembre 2026. Il évoque également des redevances impayées liées à la licence d’exploitation de 2026.
Les investigations devront notamment permettre de déterminer les raisons de ces impayés et d’établir les éventuelles responsabilités pénales.
Trois anciens et actuel dirigeants concernés
Le procureur spécial demande à l’ORDEF d’enquêter sur les responsabilités éventuelles de plusieurs dirigeants de la LONAGUI.
Il s’agit de Lansana Chérif Haidara, ancien directeur général de janvier 2011 à janvier 2019 ; d’Aminata Sylla, ancienne directrice générale de janvier 2019 à janvier 2022 ; et de Mohamed Baba Sylla, directeur général en fonction depuis janvier 2022.
Les investigations devront également concerner les cadres du pool financier de la société ainsi que toute autre personne dont la responsabilité pénale pourrait être établie, en qualité d’auteur, de coauteur ou de complice.
À ce stade, les personnes citées font l’objet d’investigations. Leur implication éventuelle dans les faits signalés reste à établir.
Les flux financiers des jeux en ligne également examinés
Le parquet spécial s’intéresse également aux transactions financières réalisées dans le secteur des jeux en ligne.
Selon les chiffres présentés dans le document, les dépôts effectués via Orange Money et MTN Mobile Money auraient atteint 6 532 milliards de francs guinéens en 2025, contre 5 134 milliards de retraits. Après déduction des commissions, le flux net estimé s’élèverait à 1 040 milliards de francs guinéens.
Pour la période de janvier à juin 2026, les dépôts auraient atteint 5 087 milliards de francs guinéens, tandis que les retraits se seraient élevés à 4 002 milliards. Le flux net après commissions est estimé à 827,45 milliards de francs guinéens.
Le document applique un taux indicatif de 15 % à ces flux, faisant ressortir des montants respectifs de 156,05 milliards de francs guinéens pour 2025 et de 124,11 milliards pour le premier semestre 2026.
Le parquet estime que ces données nécessitent des vérifications approfondies concernant les redevances effectivement reversées à l’État.
Des perquisitions et des réquisitions annoncées
Pour mener à bien les investigations, le procureur spécial a instruit l’ORDEF de procéder à plusieurs actes d’enquête.
Il s’agit notamment de perquisitions au siège de la LONAGUI, de l’examen des contrats conclus avec les opérateurs privés agréés et de la vérification des relevés bancaires de la société auprès de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) et des banques commerciales.
L’expertise du logiciel central de gestion des mises est également prévue, avec un croisement des données auprès de l’Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT), afin de déterminer le volume réel des transactions liées aux paris en ligne.
Des réquisitions devront être adressées à Orange Money et MTN Mobile Money pour examiner les montants encaissés pour le compte de la LONAGUI avant la création de l’autorité de régulation des jeux.
La BCRG sera également sollicitée pour déterminer les sommes effectivement reversées au compte unique du Trésor, tandis que la Direction générale des impôts devra vérifier les déclarations fiscales des opérateurs privés.
L’enquête élargie à l’ensemble du secteur des jeux
Au-delà de la LONAGUI, les investigations devront porter sur la situation fiscale de l’ensemble des établissements de jeux opérant en République de Guinée.
Le parquet spécial entend notamment vérifier les chiffres d’affaires déclarés, rechercher d’éventuelles minorations de recettes et examiner l’existence possible de comptes écrans ou de charges fictives.
Les frais de publicité, de sponsoring et les commissions versées aux revendeurs feront également l’objet de vérifications, afin de déterminer s’ils ont pu servir à justifier une insuffisante remontée des fonds vers l’État.
L’enquête, qui sera dirigée exclusivement par le procureur spécial, Alphonse Charles Wright, devra ainsi permettre de faire la lumière sur la gestion des redevances du secteur des jeux et sur les éventuelles irrégularités financières.
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