Guinée : cinq ans après, les coulisses de la chute d’Alpha Condé

Guinée : cinq ans après, les coulisses de la chute d’Alpha Condé

5 septembre 2026 Non Par LA RÉDACTION

Cinq ans après la chute d’Alpha Condé, le 5 septembre 2021, les circonstances de son renversement continuent d’alimenter les récits et les interrogations. Comment un président en exercice, protégé au cœur de la capitale, a-t-il pu être capturé en quelques heures par les Forces spéciales dirigées alors par le lieutenant-colonel Mamadi Doumbouya ?
Le 5 septembre 2021 reste l’une des dates les plus marquantes de l’histoire politique récente de la Guinée. À l’aube, des tirs retentissent dans plusieurs secteurs de Kaloum. Quelques heures plus tard, Alpha Condé, président depuis 2010 et réélu en 2020 pour un troisième mandat très contesté, apparaît sur des images diffusées par les putschistes.
Le pouvoir vient de basculer.
Selon le récit publié à l’époque par François Soudan dans Jeune Afrique, la prise du pouvoir aurait été facilitée par les faiblesses du dispositif de sécurité autour du palais Sékhoutouréya. La résidence présidentielle, pourtant protégée par plusieurs points de contrôle, aurait disposé d’un dispositif jugé insuffisant face à une opération militaire préparée et lourdement armée.
Une opération préparée avec méthode
Depuis leur base de Kaleya, à Forécariah, les éléments du Groupement des forces spéciales (GFS) prennent la direction de Conakry dans la matinée du 5 septembre.
Une partie des forces est déployée autour du camp Makambo, siège du Bataillon autonome de sécurité présidentielle, afin de limiter l’arrivée d’éventuels renforts. Une autre colonne se dirige vers Sékhoutouréya.
La progression vers le palais est rapide. À l’intérieur, Alpha Condé se trouve dans ses appartements lorsqu’il est finalement appréhendé.
Les images de son arrestation feront immédiatement le tour du monde. Assis dans une pièce du palais, entouré de militaires, le président apparaît désemparé. Quelques heures plus tard, il est montré à l’arrière d’un véhicule militaire parcourant les rues de Conakry.
Le symbole est puissant : après onze années à la tête de l’État, Alpha Condé n’est plus président.
Pourquoi Alpha Condé n’a-t-il pas vu venir le coup ?
L’une des principales questions demeure celle de la confiance accordée à Mamadi Doumbouya.
Ancien légionnaire de l’armée française, formé notamment dans plusieurs pays et présenté comme un officier expérimenté, Doumbouya avait bénéficié d’une ascension rapide au sein de l’armée guinéenne.
Alpha Condé lui confie progressivement des responsabilités importantes et le place à la tête des Forces spéciales, une unité appelée à devenir l’une des formations les mieux équipées de l’armée.
Cette proximité aurait contribué à rendre le président moins méfiant à son égard.
D’après les éléments rapportés par Jeune Afrique, les services de renseignement auraient pourtant transmis au président plusieurs informations faisant état de critiques attribuées au chef des Forces spéciales et d’inquiétudes concernant l’influence grandissante de cette unité.
Mais Alpha Condé aurait continué à lui faire confiance.
Les tensions au sein de l’appareil sécuritaire
À partir de 2020, les relations entre Mamadi Doumbouya et le ministre de la Défense d’alors, Mohamed Diané, se seraient progressivement dégradées.
La question de la base des Forces spéciales devient notamment un sujet de tension. Doumbouya s’opposait à la délocalisation de son unité hors de Conakry, alors que le pouvoir souhaitait réorganiser le dispositif militaire.
Finalement, une présence des Forces spéciales est maintenue dans la capitale.
Avec le recul, cette décision apparaît comme un élément important du scénario qui allait se jouer quelques mois plus tard.
Une armée qui ne se mobilise pas pour Alpha Condé
Une autre caractéristique du 5 septembre 2021 reste l’absence d’une véritable contre-offensive susceptible de sauver le régime.
Après l’arrestation d’Alpha Condé, les premières images circulent massivement sur les réseaux sociaux. L’information devient impossible à contenir.
Dans plusieurs quartiers de Conakry, notamment dans ceux traditionnellement favorables à l’opposition, des scènes de joie sont rapportées.
Progressivement, plusieurs unités militaires se rallient aux putschistes.
Le régime s’effondre avec une rapidité qui surprend jusque dans les cercles du pouvoir.
Un président de plus en plus isolé
Au-delà de la dimension militaire, la chute d’Alpha Condé intervient dans un contexte politique particulièrement tendu.
Son troisième mandat avait provoqué une profonde crise politique. Les manifestations contre la modification de la Constitution et la candidature à un troisième mandat avaient fait de nombreuses victimes.
Le président avait également progressivement concentré le pouvoir autour de son cercle rapproché.
Cette gouvernance très centralisée, combinée aux tensions au sein de l’appareil d’État et de l’armée, avait fragilisé son régime.
À la veille du coup d’État, le pouvoir donne pourtant l’impression de maîtriser la situation.
Quelques heures avant le renversement, Alpha Condé aurait même évoqué la nécessité de desserrer les contraintes budgétaires pesant sur l’armée.
Il ignorait alors que l’opération destinée à le renverser était déjà en cours de préparation.
Le troisième coup d’État réussi de l’histoire récente de la Guinée
La chute d’Alpha Condé constitue le troisième renversement militaire réussi dans l’histoire contemporaine de la Guinée, après celui de Lansana Conté en 1984 et celui de Moussa Dadis Camara en 2008.
À chaque fois, la prise du pouvoir par les militaires s’est accompagnée d’un fort espoir populaire dans les premières heures.
En 2021, le scénario se répète.
Les prisons sont ouvertes, les principaux responsables du régime sont arrêtés et les putschistes bénéficient d’un accueil favorable dans une partie de l’opinion.
Mais cinq ans plus tard, la question de l’après-coup d’État reste au cœur du débat national.
Cinq ans après, le renversement de 2021 continue de marquer la Guinée
Le 5 septembre 2021 avait été présenté par les nouveaux dirigeants comme une rupture avec la gouvernance précédente.
Mamadi Doumbouya, devenu président de la transition, promet alors de refonder l’État, de lutter contre la corruption et de construire de nouvelles institutions.
Cinq ans après la prise de pouvoir, le bilan et les promesses de cette rupture continuent de faire l’objet de débats en Guinée.
Mais une chose demeure certaine : la chute d’Alpha Condé n’a pas été seulement le résultat de quelques heures de tirs à Kaloum.
Elle est aussi l’aboutissement de plusieurs années de tensions politiques, de fragilités institutionnelles, de méfiance au sein de l’appareil sécuritaire et d’un pouvoir progressivement isolé.
Le 5 septembre 2021, ces différentes failles se sont rejointes.
Et en quelques heures, le pouvoir d’Alpha Condé s’est effondré.

Doura