Guinée : pourquoi le ministère de l’Élevage est loin d’être un « ministère de punition »
29 juillet 2026 Non Par LA RÉDACTIONLa nomination d’Alfa Bacar Barry à la tête du ministère de l’Élevage a relancé un débat récurrent en Guinée. Dans l’opinion publique, ce département est souvent perçu comme un portefeuille de moindre importance, loin des ministères disposant de budgets colossaux ou de grands projets d’infrastructures. Certains vont même jusqu’à considérer qu’y être nommé relève d’une « punition ».
Pourtant, cette perception contraste avec les enjeux stratégiques que représente l’élevage pour le développement économique et la sécurité alimentaire du pays.
En Guinée, le ministère de l’Élevage est chargé de développer les filières bovine, ovine, caprine et avicole. Il veille également à la santé animale, lutte contre les épizooties, accompagne les éleveurs, améliore les races et contribue à la modernisation des infrastructures d’abattage et de transformation.
Ces missions sont loin d’être secondaires. Elles touchent directement au quotidien des Guinéens, notamment à travers l’approvisionnement des marchés en viande. Aujourd’hui, le kilogramme de viande se vend généralement entre 70 000 et 80 000 francs guinéens, alors que le SMIG est fixé à 550 000 francs guinéens. Ce niveau de prix illustre les défis liés à la disponibilité du cheptel, à la productivité et à l’organisation de la filière.
Le département intervient également dans la protection sanitaire des animaux, le contrôle vétérinaire, la gestion des maladies animales, le développement des abattoirs modernes ainsi que dans les politiques de gestion des animaux errants, autant de questions ayant des répercussions sur la santé publique.
À l’échelle internationale, plusieurs pays montrent qu’un ministère de l’Élevage peut être un levier majeur de croissance économique. Le Brésil est l’un des premiers producteurs et exportateurs mondiaux de viande bovine. L’Argentine est reconnue pour la qualité de son élevage et ses exportations. L’Australie figure parmi les principaux exportateurs de bétail et de viande, tandis que la Nouvelle-Zélande s’impose comme une référence mondiale dans les filières laitière et ovine.
En Afrique, l’Éthiopie possède l’un des plus grands cheptels du continent. Au Soudan, l’élevage représente une part importante des exportations. Au Tchad, au Mali, au Niger et en Mauritanie, ce secteur constitue un pilier de l’économie nationale et des moyens de subsistance de millions de personnes.
Ces exemples démontrent que l’importance d’un ministère de l’Élevage ne dépend pas uniquement de son budget, mais de la place qu’occupe l’élevage dans la stratégie de développement d’un pays.
Pour la Guinée, où la demande en produits d’origine animale est en constante progression, les défis restent nombreux : accroître le cheptel, améliorer la productivité, renforcer les services vétérinaires, moderniser les abattoirs, soutenir les éleveurs et réduire la dépendance aux importations.
La réussite d’Alfa Bacar Barry sera donc moins jugée à l’aune du prestige attribué à son département qu’à sa capacité à transformer un secteur dont les retombées concernent directement l’alimentation, l’emploi rural, la santé publique et la sécurité alimentaire nationale.
Doura
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