Crises et défis multiformes : l’inertie de la CEDEAO face aux dérives autoritaires qui menacent la sécurité et la démocratie dans la sous-région( Souleymane SOUZA KONATÉ)

Crises et défis multiformes : l’inertie de la CEDEAO face aux dérives autoritaires qui menacent la sécurité et la démocratie dans la sous-région( Souleymane SOUZA KONATÉ)

22 juillet 2026 Non Par LA RÉDACTION

 

Les coups d’État militaires, les tripatouillages constitutionnels destinés à confisquer le pouvoir et les dérives liberticides sous-jacentes constituent désormais la norme en Afrique de l’Ouest.

Des dirigeants autocrates et corrompus, imposés par effraction ou maintenus au mépris du socle démocratique, recourent cyniquement à la violence, à la répression et à la terreur pour préserver leurs privilèges. Dans l’espace CEDEAO, jadis cité en modèle d’intégration, l’heure est grave. L’institution doit prendre conscience qu’en vertu du principe de subsidiarité, elle incarne le premier rempart sous-régional en matière de paix, de sécurité et de gouvernance, et assumer enfin ses responsabilités.

Les principes fondateurs de cette organisation étaient pourtant explicites : promouvoir l’intégration, la coopération, la justice, la bonne gouvernance, l’État de droit et la libre circulation. Or, la récurrence des crises et la passivité coupable de la CEDEAO alimentent un scepticisme populaire croissant, poussant les citoyens à douter de sa capacité à porter les aspirations légitimes des peuples ouest-africains.

La CEDEAO, dans sa posture actuelle, échoue à faire respecter sa propre doctrine juridique. Le Protocole additionnel est pourtant sans équivoque sur l’indépendance de la justice, la protection des libertés et la limitation des mandats. Il rappelle clairement que toute accession non électorale au pouvoir est un putsch, tout comme toute révision constitutionnelle ad hominem s’apparente à un coup d’État institutionnel. Il en résulte que plusieurs chefs d’État règnent sans légitimité, sur fond de fraudes électorales, de prévarication, de corruption systémique, de déni des libertés et de paupérisation des populations.

Dès lors, quelles solutions pour renvoyer durablement les militaires dans les casernes et verrouiller les mandats de trop ?

L’institution sous-régionale doit appliquer rigoureusement son arsenal juridique et ses mécanismes coercitifs, en faisant preuve de la même fermeté face aux juntes putschistes qu’envers les régimes civils fraudeurs. Conscients de la faillite de leur gouvernance et du rejet populaire, de nombreux régimes instrumentalisent les forces de défense pour réprimer, galvanisés par l’impunité ambiante et l’immobilisme des instances régionales.

En Guinée, au Mali, au Niger, en Guinée-Bissau, au Burkina Faso, tout comme au Togo, les dérives sont patentes : violations majeures des droits humains, instrumentalisation de l’appareil judiciaire, éviction des opposants et exercice solitaire du pouvoir, qui préparent le terrain au désordre absolu.

Aujourd’hui, les autocrates exploitent habilement un contexte international polarisé par la guerre en Ukraine, les conflits au Moyen-Orient et les fractures ethniques locales pour consolider leur hégémonie.

Cette conjoncture permet à ces dirigeants de flatter les divisions, de soumettre la justice et de neutraliser toute dissidence, éliminant ainsi les figures qui luttent contre la corruption et l’imposture. La Guinée en offre l’illustration la plus alarmante. Si la CEDEAO persiste à fermer les yeux pendant que sa maison brûle, elle offrira aux prédateurs politiques un chèque en blanc pour pérenniser l’arbitraire et la délinquance d’État, dans une totale impunité.

L’engrenage sera fatal : déferlante de violence, érosion démocratique, exil forcé des démocrates et des acteurs politiques, effondrement institutionnel et explosion des flux migratoires clandestins, aux conséquences déstabilisatrices pour l’ensemble des pays d’origine et d’accueil.

Pourtant, face aux dérives autoritaires, aux hold-up électoraux, aux enlèvements et aux disparitions forcées, la CEDEAO s’est trop souvent résignée à valider des scrutins corrompus. Cette complaisance répétée dans plusieurs États membres précipite dangereusement la sous-région dans un gouffre d’illégitimité et d’instabilité sociopolitique.

La CEDEAO doit opérer sa mue stratégique pour redevenir une organisation des peuples, plutôt qu’un syndicat de protection de dirigeants illégitimes et amnésiques de leurs engagements.

Elle doit réendosser son rôle d’organe de veille, de prévention et de garantie démocratique, au lieu de s’enfermer dans une neutralité impuissante face aux vagues autoritaires qui déferlent sur l’espace sous-régional.

La CEDEAO doit, de toute urgence, se saisir du cas emblématique de la Guinée et agir avec fermeté. Car le destin du peuple guinéen est indissociable de celui de la sous-région, dont la stabilité et la prospérité reposent sur le respect inconditionnel de la démocratie, de l’État de droit et des libertés publiques.

Souleymane Souza KONATÉ.