Guinée : l’Union Générale des Travailleurs (UGT) se présente et affiche une nouvelle vision syndicale
13 janvier 2026 Non Par LA RÉDACTIONLes responsables de l’Union Générale des Travailleurs (UGT) ont animé une conférence de presse ce mardi afin de présenter officiellement leur organisation au public et aux médias. Une grande partie des membres fondateurs provient de la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée (CNTG) et de l’Union Syndicale des Travailleurs de Guinée (USTG), deux centrales qui ont dominé le paysage syndical guinéen durant plusieurs décennies.
Ces organisations avaient fortement ébranlé le régime du président Lansana Conté lors des mouvements sociaux de 2006 et 2007. Cependant, avec la disparition de figures emblématiques comme Dr Ibrahima Fofana (USTG) et le retrait de Hadja Rabiatou Serah Diallo (CNTG), le mouvement syndical a progressivement perdu de son influence, selon les initiateurs de l’UGT.
C’est dans ce contexte que l’Union Générale des Travailleurs a vu le jour. Le syndicat a récemment tenu son congrès constitutif, à l’issue duquel un bureau exécutif a été élu.
Priorité à la protection sociale et aux écoles privées
Parmi les principaux axes de travail de l’UGT figurent la couverture sanitaire des travailleurs et la structuration du secteur des écoles privées à travers la création d’un syndicat dédié.
Mohamed Lamine Camara, président de l’UGT, a tenu à rassurer l’opinion publique :
« L’UGT ne mènera jamais de grève sauvage. Nous privilégions le dialogue et la responsabilité. »
De son côté, Madame Doumbouya Makoura Onivogui, secrétaire générale de l’UGT, a mis l’accent sur la situation précaire des enseignants du privé :
« Nous sommes un syndicat de proposition, d’accompagnement et de suivi. Aujourd’hui, la Guinée compte 3 527 écoles privées contre 1 080 écoles publiques. Cela signifie que les enseignants du privé sont beaucoup plus nombreux, pourtant ils sont laissés pour compte. Ils ont des familles, des enfants, mais ils n’ont ni contrats stables ni protection syndicale. Si le fondateur d’une école ne vous apprécie pas, il peut vous licencier à tout moment. L’UGT a donc mis en place un syndicat des écoles privées pour améliorer leurs conditions de vie. »
Une rupture avec les pratiques syndicales du passé
Alpha Baldé, autre responsable syndical, a insisté sur le caractère novateur de l’UGT :
« Ce n’est pas une nouvelle centrale syndicale au sens classique. C’est la convergence d’une vingtaine d’années d’expériences, de réflexions et d’analyses approfondies. Notre différence réside dans une nouvelle vision syndicale. Nous ne sommes pas là pour fustiger, mais pour promouvoir l’éthique, la déontologie et le bien-être des travailleurs, tout en luttant contre les sources du mal-être social. »
Il a également évoqué le projet Simandou et l’absence d’anticipation syndicale face aux mutations économiques à venir :
« Les autorités parlent d’une vision Simandou 2040. Quelle est la réponse syndicale à cette vision ? Des emplois seront supprimés d’ici là, et même aujourd’hui, alors que le projet démarre, des postes disparaissent déjà. Où étaient les syndicats pour anticiper ces changements ? Depuis la mort du Dr Ibrahima Fofana et le retrait de Hadja Rabiatou Serah Diallo, l’inaction a dominé le mouvement syndical. Nous avons décidé de prendre nos responsabilités. »
Critique du syndicalisme d’intérêts
Alpha Baldé est également revenu sur les crises récentes dans les secteurs financier et éducatif, dénonçant un syndicalisme opportuniste :
« Le combat a commencé dès 2016 dans le secteur financier avec la FESABAG. On a vu du bicéphalisme ailleurs, notamment dans l’éducation. Les gens ne s’unissent que lorsque leurs intérêts convergent, surtout lorsqu’il y a des subventions. Lors des récentes crises, quelle centrale syndicale a réellement soutenu les travailleurs ? »
Selon lui, l’UGT entend redonner la parole aux travailleurs à la base :
« Nous allons fournir des outils d’évaluation du climat social dans les entreprises affiliées. Cela nous permettra de formuler des propositions concrètes. Trop souvent, on a vu des directeurs des ressources humaines ou des membres de comités de direction se réclamer du syndicalisme, alors qu’ils prêtent serment aux actionnaires. Ils ne défendent ni les travailleurs ni l’entreprise, mais leurs propres intérêts. »
Avec cette nouvelle approche, l’Union Générale des Travailleurs ambitionne de repositionner le syndicalisme guinéen comme une véritable force de proposition, d’anticipation et de défense des droits des travailleurs.
Yayé Barry
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