Simandou–Monrovia : le méga-corridor qui séduit Donald Trump

Simandou–Monrovia : le méga-corridor qui séduit Donald Trump

8 janvier 2026 Non Par LA RÉDACTION

Le méga-projet baptisé « Liberty Corridor » ambitionne de relier, sur près de 550 kilomètres, les gigantesques gisements de fer de Simandou, en Guinée, au port en eau profonde de Monrovia, au Liberia. Porté par un regain d’intérêt stratégique de Washington, le corridor pourrait bénéficier d’investissements américains soutenus par le président Donald Trump, après l’entrée des États-Unis dans le corridor de Lobito en Angola.
Selon des documents officiels guinéens et libériens, deux géants miniers sont déjà engagés dans une bataille à plus de 5 milliards de dollars chacun : Ivanhoe Atlantic et ArcelorMittal.

Dans le sillage de la loi américaine visant à réduire la dépendance aux minerais critiques, les États-Unis cherchent à sécuriser des sources alternatives au fer et à l’acier chinois. Simandou, qualifié par la Banque mondiale de « plus grande réserve de fer non exploitée au monde », affiche une teneur exceptionnelle dépassant 65 %.
Le département d’État américain perçoit le Liberty Corridor comme un maillon stratégique du programme Partnership for Global Infrastructure and Investment (PGII), destiné à concurrencer les routes minières et logistiques dominées par la Chine.
Ivanhoe Atlantic contre ArcelorMittal : duel à milliards
Ivanhoe Atlantic, filiale du milliardaire Robert Friedland, propose un nouveau tracé ferroviaire traversant la Guinée forestière et la province libérienne de Nimba, avec un terminal minéralier modernisé au port de Buchanan.
De son côté, ArcelorMittal, déjà implanté à Yekepa, plaide pour l’extension et la modernisation de la ligne ferroviaire historique jusqu’à l’avant-port de Monrovia. « Nous disposons d’un droit de premier refus confirmé par l’amendement de 2022 », affirme un cadre du groupe cité par The Mining Journal.
Exigences guinéennes et conditions libériennes
La présidence guinéenne, déterminée à accélérer la valorisation de Simandou, impose une infrastructure « open-access », garantissant un accès équitable à tous les opérateurs, conformément à un décret publié en juillet.
À Monrovia, les autorités libériennes conditionnent toute approbation définitive à des compensations sociales et environnementales, notamment dans les zones traversées par le futur corridor.
Le Liberia, pivot logistique d’une Guinée enclavée
Privée de façade maritime, la Guinée dépendra largement du Liberia pour exporter jusqu’à 120 millions de tonnes de fer par an. L’Autorité portuaire de Monrovia prévoit une multiplication par sept du trafic portuaire d’ici 2030, tandis que la Banque africaine de développement évoque la création de 20 000 emplois directs.
Au-delà du fer, le corridor pourrait aussi acheminer de la bauxite guinéenne et du manganèse ivoirien, renforçant l’intégration économique régionale.
Répercussions régionales et rivalités géopolitiques
Le projet suscite des inquiétudes à Abidjan et Accra, engagées dans le développement de leurs propres hubs miniers. Il résonne également à Brazzaville, où un projet de boucle ferroviaire vers Pointe-Noire cherche des financements.
« Chaque nouvelle route du fer influence les tarifs mondiaux de fret », souligne un analyste de la Commission économique pour l’Afrique. Déjà coactionnaire de deux blocs de Simandou, Pékin pourrait intensifier ses offres afin de préserver son influence logistique en Afrique de l’Ouest.
Scénarios d’ici 2030
Si Ivanhoe Atlantic l’emporte, une mise en service dès 2028 est envisagée, avec un financement syndiqué piloté par la DFC américaine. En cas de succès d’ArcelorMittal, la réhabilitation de l’existant réduirait les coûts, mais nécessiterait un doublement des voies avant 2030 pour absorber les volumes.
Un compromis reste possible, avec une concession multipartenariale sous supervision de la CEDEAO. Dans tous les cas, le Liberty Corridor dépasse l’enjeu minier : il redessine les équilibres stratégiques du Golfe de Guinée.

Yayé Barry