Guinée-Bissau : la junte militaire libère six opposants un mois après le coup d’État

Guinée-Bissau : la junte militaire libère six opposants un mois après le coup d’État

24 décembre 2025 Non Par Doura

Bissau, 24 décembre 2025 – Un mois après le coup d’État militaire ayant bouleversé le paysage politique de la Guinée-Bissau, les autorités issues du putsch ont annoncé, mardi 23 décembre, la libération de six opposants politiques. Ces derniers étaient détenus depuis le renversement du pouvoir, survenu le 26 novembre, à la veille de la proclamation des résultats électoraux.
Dans un communiqué , le Haut commandement militaire présente cette décision comme un « signe de bonne foi » et une volonté affichée de favoriser un retour progressif à l’ordre constitutionnel, alors que la pression diplomatique régionale et internationale ne cesse de s’intensifier.
Un geste d’ouverture revendiqué par la junte
Les six personnes libérées sont toutes des proches de Domingos Simões Pereira, leader du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), formation historique ayant conduit le pays à l’indépendance en 1974. La junte affirme que ces libérations s’inscrivent dans une logique de compromis, visant à démontrer son attachement au respect des droits humains et des engagements internationaux.
Toutefois, Domingos Simões Pereira lui-même demeure en détention, tout comme plusieurs autres figures majeures de l’opposition, ce qui continue d’alimenter les critiques et les inquiétudes de la communauté internationale.
Des élections interrompues par la force
Le coup d’État militaire est intervenu à la veille de la publication des résultats provisoires de l’élection présidentielle et des législatives. Les militaires ont renversé le président sortant Umaro Sissoco Embalo, au pouvoir depuis 2020, et suspendu l’ensemble du processus électoral.
De son côté, Fernando Dias, candidat de l’opposition qui revendique la victoire à la présidentielle, a trouvé refuge à l’ambassade du Nigeria, où il a obtenu l’asile diplomatique. Cette situation accentue l’impasse politique et institutionnelle dans laquelle se trouve le pays.
Pressions régionales et transition sous surveillance
La libération partielle des opposants intervient dans un contexte de fortes pressions diplomatiques. Une délégation sénégalaise, conduite par le ministre des Affaires étrangères, s’est récemment rendue à Bissau pour plaider en faveur de la libération des détenus politiques.
Par ailleurs, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a clairement averti qu’elle pourrait imposer des sanctions ciblées contre toute personne ou institution entravant le retour à un régime civil démocratiquement élu.
Une instabilité politique récurrente
Après avoir été brièvement retenu par les militaires, l’ancien président Umaro Sissoco Embalo a quitté la Guinée-Bissau. La junte a nommé le général Horta N’Tam, proche de l’ex-chef de l’État, à la tête d’une transition annoncée pour une durée d’un an.
Un nouvel épisode qui confirme la fragilité institutionnelle d’un pays régulièrement confronté à des crises politiques, des coups d’État et des transitions contestées.

Moussa Baldé,  correspondant à Bissau