Crise à Madagascar : appel à la désobéissance militaire et montée des tensions à Antananarivo
11 octobre 2025 Non Par Doura
Une vidéo diffusée samedi 11 octobre a ravivé les tensions politiques à Madagascar. Un contingent militaire du Corps d’armée des personnels et des services administratifs et techniques (Capsat), basé près de la capitale Antananarivo, a lancé un appel à la désobéissance, invitant les soldats, gendarmes et policiers à « unir leurs forces » et à « refuser les ordres de tirer » sur les manifestants.
Le Capsat, connu pour son rôle dans la mutinerie de 2009 qui avait contribué à la prise de pouvoir d’Andry Rajoelina, exhorte cette fois les forces de sécurité à quitter leurs postes autour des palais présidentiels et à bloquer l’aéroport d’Ivato. « Refusons d’être payés pour tirer sur nos frères et sœurs », ont déclaré les militaires dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux.
Une contestation sociale qui se transforme en crise politique
Depuis le 25 septembre, Antananarivo et plusieurs grandes villes sont le théâtre de manifestations contre les coupures d’eau et d’électricité, les délestages et la crise sociale qui secoue le pays. Ce mécontentement populaire s’est rapidement transformé en une contestation du pouvoir incarné par le président Andry Rajoelina, 51 ans. Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène et de grenades assourdissantes pour disperser les foules, provoquant de nombreux blessés.
Selon un bilan du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, au moins 22 morts et plus d’une centaine de blessés ont été enregistrés depuis le début du mouvement. Le Haut-Commissaire de l’ONU, Volker Türk, a appelé les autorités à « cesser le recours à une force inutile » et à privilégier le dialogue.
Rajoelina choisit la fermeté
Le président Andry Rajoelina a réfuté les « chiffres erronés » de l’ONU, estimant les pertes de vies humaines à seulement douze, qualifiant les victimes de « pilleurs et casseurs ». Après avoir brièvement adopté un ton conciliant et renvoyé son gouvernement, le chef de l’État a pris un tournant sécuritaire, nommant un militaire comme Premier ministre et renouvelant uniquement les ministères de la sécurité publique, des armées et de la gendarmerie.
Le nouveau ministre des armées, le général Deramasinjaka Manantsoa Rakotoarivelo, a tenté d’apaiser les esprits lors d’une conférence de presse. « L’armée malgache demeure un médiateur et constitue la dernière ligne de défense de la nation », a-t-il affirmé, appelant ses « frères d’armes à privilégier le dialogue ».
Une situation explosive
Cette insubordination militaire au sein du Capsat intervient dans un contexte de crise institutionnelle et de forte instabilité politique. L’appel à la désobéissance des soldats, combiné à la colère des manifestants, laisse craindre une détérioration rapide de la situation à Antananarivo et dans le reste du pays.
Face à une population en quête d’unité nationale et à une armée divisée entre fidélité au pouvoir et solidarité avec le peuple, le pouvoir de Rajoelina semble aujourd’hui confronté à l’un des plus grands défis de son mandat.
Avec AFP



