« Muganga » : un film engagé sur le combat exemplaire du docteur Mukwege, « l’homme qui répare les femmes » victimes de violences sexuelles au Congo
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Muganga, l’homme qui soigne de Marie-Hélène Rouxraconte le quotidien du docteur Denis Mukwege (Isaach de Bankolé) médecin congolais, prix Nobel de la paix en 2018, qui soigne des milliers de femmes victimes de violences sexuelles en République démocratique du Congo, rejoint par le médecin, Guy Cadière, interprété par Vincent Macaigne. Le film sort dans les salles mercredi 24 septembre.
Né en 1955 à Bukavu (à l’époque Congo belge), Denis Mukwege étudie la médecine au Burundi. Après une spécialisation en gynécologie à Angers, il exerce cette discipline à l’hôpital de Lemera, au Sud-Kivu. L’hôpital est complètement détruit en 1996, quand la première guerre du Congo éclate.
En 1999, après trois ans d’exil au Kenya, Denis Mukwege rentre au Congo et créé l’hôpital de Panzi, à Bukavu, sa ville d’origine, à l’est du Congo. L’établissement est au départ conçu comme une maternité pour permettre aux femmes de la région d’accoucher dans de bonnes conditions sanitaires. Mais au fil du temps, alors que la région s’enfonce dans une nouvelle guerre, l’hôpital de Panzi se transforme en refuge et en centre de chirurgie gynécologique réparatrice pour les femmes victimes de viols de guerre.
Devant les corps mutilés des femmes, mais aussi des nourrissons, le combat du docteur prend une dimension plus politique. « J’ai compris que le problème ne pouvait pas être résolu dans la salle d’opération, mais que nous devions combattre les causes profondes de ces atrocités », souligne-t-il dans son discours.
« Cette violence malheureusement ne s’est jamais arrêtée »
Le docteur commence dès lors à dénoncer publiquement l’inaction internationale face à ces violences sexuelles, d’une brutalité hors normes, qui font partie d’une stratégie pour contrôler les ressources minières du Congo. « La première patiente admise était une victime de viol ayant reçu un coup de feu dans ses organes génitaux. La violence macabre ne connaissait aucune limite Cette violence malheureusement ne s’est jamais arrêtée », déclare le médecin lors de la réception de son Nobel de la Paix, en 2018.
Depuis ce discours, cette tragédie humaine, qui dure depuis plus de trente ans, ne faiblit pas, au contraire. Plus de 130 000 viols ont été recensés dans le pays en 2025, dont la grande majorité dans l’est du pays. Selon les données collectées par les agents humanitaires et dévoilées en mars par l’agence des Nations Unies pour les réfugiés, près de 900 viols dans l’est de la RDC ont été commis en l’espace de deux semaines(Nouvelle fenêtre) – soit une moyenne de 60 par jour, uniquement pendant la première quinzaine du mois de février 2025.
L’engagement du Docteur Mukwege avait déjà fait l’objet d’un documentaire, L’Homme qui répare les femmes de Thierry Michel, sorti en 2015. Cette fois, c’est un film de fiction qui rend compte du combat sans fin du docteur Mukwege, et de son compagnon de route, le chirurgien belge Guy Cadière. « Je pense que l’art, le cinéma est le plus grand vecteur d’émotion et de communication », estimait Marie-Hélène Roux dans un entretien à franceinfo Culture au Festival international du film francophone d’Angoulême.
« La trajectoire des femmes et leur rôle dans cette œuvre collective »
Le film s’ouvre sur une scène inaugurale, qu’on ne dévoiera pas, mais qui plonge le spectateur au cœur de la violence subie par les milliers de femmes congolaises. « Cette scène est là pour enlever ce qu’on appelle le ‘kilométrage émotionnel’. Il faut pouvoir interpeller. Il faut interpeller », souligne la réalisatrice.
Le film, qui n’élude aucun aspect des violences subies, suit au plus près le travail du duo de médecins et de tous ceux qui les entourent, y compris les femmes victimes et prises en charge dans l’hôpital de Panzi.
« Pour moi, il était aussi important de montrer la trajectoire des femmes et leur rôle dans cette œuvre collective, parce que comme le dit le Dr Mukwege, « la guérison est collective, je les répare, mais elles me réparent aussi ». C’était vraiment important qu’on retrouve dans le film cette notion d’entraide, cette communauté qu’il a créée, ce ‘havre de paix au milieu de l’enfer' », comme il l’appelle.
Le film alterne un naturalisme édifiant et des séquences plus impressionnistes pour dire la souffrance indicible des victimes. Il pose aussi la question de la responsabilité, des complicités, au mieux de l’inaction des autorités locales et internationales. Le film rend hommage au courage du docteur Mukwege et des femmes qu’il soigne, qu’il répare, jour après jour, année après année, dans l’espoir qu’un jour cesse enfin dans son pays ce qu’il appelle la « guerre sur le corps des femmes ».
La fiche
Genre : Drame
Réalisation : Marie-Hélène Roux
Avec : Isaach de Bankolé, Vincent Macaigne, Manon Bresch
Pays : France, Belgique
Durée : 1h45
Sortie : 24 septembre 2025
Distributeur : L’Atelier Distribution
Synopsis : Certains combats peuvent changer le cours de l’histoire. Denis Mukwege, médecin congolais et futur prix Nobel de la paix, soigne – au péril de sa vie – des milliers de femmes victimes de violences sexuelles en République démocratique du Congo. Sa rencontre avec Guy Cadière, chirurgien belge, va redonner un souffle à son engagement.
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