Nigeria : Muhammadu Buhari, ancien président et figure controversée de la politique nigériane, est mort à 82 ans
13 juillet 2025 Non Par LA RÉDACTIONL’ancien président nigérian Muhammadu Buhari est décédé le 13 février 2025, à l’âge de 82 ans, selon les informations communiquées par son ancien porte-parole. Ancien général arrivé au pouvoir par un coup d’État en 1983, puis élu président en 2015 et réélu en 2019, il a marqué l’histoire politique du Nigeria par un parcours mêlant lutte contre la corruption, offensive contre Boko Haram et pratiques autoritaires.
Né en 1942 dans l’État de Katsina, dans le nord du Nigeria, Muhammadu Buhari a suivi une formation militaire avant de gravir les échelons de l’armée. Son parcours l’a conduit au sommet de l’État dans un contexte marqué par l’instabilité politique et les difficultés économiques.
Du coup d’État à l’alternance démocratique
En décembre 1983, Muhammadu Buhari renverse le président civil Shehu Shagari, arrivé au pouvoir par les urnes. À la tête du pays, il impose une politique fondée sur la discipline et l’ordre, mais son régime est également marqué par des restrictions des libertés et des atteintes aux droits humains.
Certaines de ses mesures, notamment les sanctions infligées aux fonctionnaires en retard et les restrictions visant les voix critiques, lui valent une réputation d’autoritarisme.
En août 1985, il est à son tour renversé par le général Ibrahim Babangida. Il reste ensuite détenu pendant plusieurs années avant de revenir progressivement sur la scène politique.
Après plusieurs tentatives électorales infructueuses, Muhammadu Buhari remporte l’élection présidentielle de 2015 avec environ 54 % des suffrages, battant le président sortant Goodluck Jonathan. Cette victoire constitue une première dans l’histoire politique contemporaine du Nigeria : un président en exercice est battu dans les urnes et accepte l’alternance.
Réélu en 2019, Buhari achève son second mandat en 2023.
La lutte contre Boko Haram au cœur de son bilan
Durant ses deux mandats présidentiels, Muhammadu Buhari fait de la lutte contre Boko Haram l’une de ses principales priorités. Son gouvernement parvient à contenir l’expansion territoriale du groupe jihadiste et à reprendre plusieurs zones auparavant sous son contrôle.
Cependant, les violences persistent dans le nord-est du pays. Les attaques armées, les enlèvements et l’insécurité continuent de peser sur les populations, malgré les opérations militaires menées par les forces nigérianes.
Sur le plan économique, son passage au pouvoir est également marqué par plusieurs difficultés : inflation élevée, dépréciation de la monnaie nationale, chômage et aggravation de la précarité. La dépendance du Nigeria aux revenus pétroliers expose par ailleurs le pays aux fluctuations des cours internationaux.
Un pouvoir critiqué pour ses pratiques autoritaires
Malgré son élection démocratique, Muhammadu Buhari fait régulièrement l’objet de critiques concernant le respect des libertés publiques.
En 2020, les manifestations du mouvement #EndSARS, déclenchées contre les violences policières, mettent en lumière les tensions entre les autorités et une partie de la jeunesse nigériane. La répression de certaines manifestations, notamment à Lagos, suscite une vague d’indignation.
En juin 2021, son gouvernement suspend également l’accès à Twitter dans le pays, après la suppression par la plateforme d’un message du président. Cette décision provoque de nombreuses critiques au Nigeria et à l’étranger, notamment de la part des défenseurs de la liberté d’expression.
Sa gestion du pouvoir est aussi contestée au sein de son propre camp politique. Son épouse, Aisha Buhari, avait notamment exprimé publiquement ses réserves sur le fonctionnement de son administration et l’influence exercée, selon elle, par un cercle restreint de proches.
Un héritage politique contrasté
Muhammadu Buhari laisse derrière lui un héritage complexe. Pour ses partisans, il demeure un ancien militaire attaché à la discipline et un président qui a contribué à l’alternance démocratique de 2015. Pour ses détracteurs, son bilan reste marqué par des restrictions des libertés, des difficultés économiques persistantes et l’incapacité à mettre définitivement fin à l’insécurité.
Son parcours illustre les contradictions de la vie politique nigériane : celle d’un ancien dirigeant arrivé au pouvoir par la force, puis revenu aux urnes pour devenir président élu.
Au Nigeria, sa disparition ouvre une nouvelle page du souvenir politique d’un homme qui aura exercé une influence majeure sur le pays, aussi bien sous le régime militaire que dans le cadre démocratique.
Doura



