Guinée : un gouvernement à court de souffle et de résultats
13 mai 2025
Alors que les mois passent, le constat devient de plus en plus difficile à ignorer : le gouvernement de Bah Oury semble englué dans l’impuissance et l’attentisme. Les grandes promesses de réforme, brandies avec conviction par le locataire de la Primature, peinent à se traduire en résultats concrets. Économie, santé, éducation, sécurité : les attentes sont fortes, mais les réponses tardent, ou déçoivent.
L’opinion publique, elle, se lasse. Une inflation persistante grève le pouvoir d’achat, malgré les discours rassurants. L’école publique traverse une crise profonde, et les réformes annoncées se heurtent à un manque de moyens ou à une mauvaise préparation. Le système de santé, reste sous tension, sans inflexion majeure.
Un gouvernement est jugé à l’aune de sa capacité à agir, à convaincre et à porter une vision. Or, ce qui frappe aujourd’hui, c’est l’absence d’élan, la perte de lisibilité, et une communication qui tourne à vide.
Les ministres eux-mêmes apparaissent parfois désorientés, usés, ou réduits à des rôles secondaires. Quelques figures dominent médiatiquement, mais sans cap clair. Les ajustements de discours ne peuvent masquer l’évidence : les citoyens attendent du concret, pas des éléments de langage.
Il est encore temps pour le pouvoir exécutif de réagir. Mais cela suppose un sursaut de volonté, une refonte des priorités, et une vraie reconquête du terrain. Faute de quoi, le risque est grand de voir s’installer un profond divorce entre le pays réel et ses dirigeants.
Pour notre premier numéro, transportons-nous à la Primature, gérée par un vieux politique et le ministère de la Justice, numéro deux du gouvernement en terme d’hiérarchie
Bah Oury à la Primature
Il y a un peu plus d’une année, Général Mamadi DOUMBOUYA a jetté son dévolu sur un vieux de la classe politique Guinéenne . Bah Oury, figure importante de l’instauration des droits de l’homme a eu l’occasion de mettre en pratique ce qu’ il a appris sur le terrain depuis des nombreuses années. Mais la gestion du pouvoir n’est pas si évident
Un Premier ministre semble de plus en plus effacée. Pourtant chef du gouvernement en titre, garant de la conduite de la politique nationale, il est bien souvent relégué à un rôle secondaire, celui d’un exécutant fidèle, d’un coordinateur technique plus que d’un véritable dirigeant.
Bah Oury paraît cadenassé dans une fonction subalterne. Ses marges de manœuvre sont limitées, ses arbitrages rarement décisifs. En matière de réforme, d’agenda politique ou de diplomatie, le Palais Mohamed V décide, le palais de la Colombe applique.
Cette dynamique, bien qu’inscrite dans les usages, interroge la vitalité démocratique de nos institutions. Car un Premier ministre sans autonomie réelle affaiblit le principe de responsabilité gouvernementale . Il devient difficile de faire porter les choix politiques à celui ou celle qui ne fait que les mettre en œuvre.
Pourtant, l’histoire récente offre des contre-exemples. Des Premiers ministres comme LansanaKouyaté, Jean Marie Doré ont su imposer à un moment donné leur style, leurs priorités, et parfois même leurs désaccords avec le Président. Mais ces cas relèvent aujourd’hui de l’exception. L’autorité politique s’est recentrée autour du chef de l’État, reléguant la Primature à une fonction d’interface technocratique.
Faut-il redonner au Premier ministre un véritable pouvoir d’initiative ? Car si le Premier ministre reste sans pouvoir, c’est l’idée même d’un gouvernement collégial et responsable qui s’érode. Certains ministres à l’occasion des cérémonies ne citent que le nom du Président.
Présidant de la commission d’organisation de la manifestation du 28 septembre 2009 , Bah Oury est attendu au tournant pour voir s’il peut appuyer une éventuelle candidature du Général Mamadi Doumbouya qui semble inéluctable.
Ministère de la Justice
Le Général Mamadi DOUMBOUYA avait choisi un magistrat qui semblait indépendant. Yaya Khairaba Kaba avait tenu tête à l’ancien puissant président de l’assemblée nationale, Amadou Damaro CAMARA. Mais aujourd’hui il semble être rattrapé par la réalité Guinéenne .
Le ministère de la Justice, pilier fondamental de l’État de droit, se trouve aujourd’hui au cœur d’un enjeu majeur : garantir la protection des droits humains sur le territoire national. Pourtant, les signaux d’alerte se multiplient. Entre violences policières non sanctionnées, conditions indignes de détention, lenteurs judiciaires et inégalités d’accès à la justice, les failles du système interrogent sur la capacité réelle du ministère à remplir sa mission première : faire respecter les droits fondamentaux.
Les rapports d’associations comme Amnesty International ou la Ligue des droits de l’homme pointent régulièrement les carences de l’institution judiciaire. Dans les prisons Guinéennes la surpopulation carcérale atteint des niveaux alarmants, portant atteinte à la dignité humaine. Dans les tribunaux, le manque de moyens engendre des délais parfois incompatibles avec le droit à un procès équitable.
Face à ces dérives, le ministère de la Justice ne peut se contenter de postures symboliques ou de réformes cosmétiques. Il lui revient d’incarner l’exigence d’impartialité et de justice pour tous. Cela suppose des actes forts : renforcer les moyens de la justice, garantir une indépendance réelle du parquet, moderniser les procédures, mais aussi affirmer clairement que nul n’est au-dessus de la loi, pas même les représentants de l’ordre public.
La disparition des activistes du FNDC Foniké Menguè et Billo Bah sans oublier le journaliste Habib Marouane Camara et Sadou Nimaga constitue un tableau sombre des droits humains. Rappelons que Yaya Khairaba Kaba tout comme le procureur Fallou Doumbouya disent ne pas être au courant de ces activistes.
Le respect des droits humains n’est pas une option dans une démocratie : c’est un fondement. Il est temps que le ministère de la Justice assume pleinement cette responsabilité. Sans courage politique ni volonté de réforme profonde, la défiance des citoyens envers la justice ne pourra que croître au détriment du pacte républicain.



