Un coûteux avion offert par le Qatar à Trump ? La polémique enfle aux États-Unis
12 mai 2025Ce cadeau XXL, un Boeing 747-8 Jumbo estimé à 400 millions de dollars, soulève des interrogations quant à de potentiels conflits d’intérêt.
Un cadeau XXL… à 400 millions de dollars. Le Qatar ne lésine pas sur les moyens pour s’attirer les louanges du nouveau locataire de la Maison Blanche. Le président américain, Donald Trump, va effectuer de mardi 13 à vendredi 16 mai un déplacement au Proche-Orient(nouvelle fenêtre), avec une escale au Qatar. À cette occasion, le petit mais richissime État du Golfe aurait prévu d’offrir, à titre gracieux, un avion flambant neuf au milliardaire républicain pour remplacer les deux vieillissants Boeing 747-200B de la flotte présidentielle, les fameux Air Force One à bord desquels voyage le président des États-Unis. Les révélations du média américain ABC News(nouvelle fenêtre) ont provoqué un tollé de l’autre côté de l’Atlantique.
Ce cadeau XXL, un Boeing 747-8 Jumbo estimé à 400 millions de dollars par les experts, pose, bien entendu, la question de potentiels conflits d’intérêt. La Constitution américaine interdit en effet aux dépositaires de l’autorité publique d’accepter des cadeaux « de la part d’un roi ou d’un prince d’un État étranger« . Sans mentionner le Qatar, le président américain a évoqué sur son réseau Truth Social cet avion offert en « cadeau« , fruit d’une opération « tout à fait publique et transparente » au bénéfice du ministère de la Défense. Cet avion doit servir à « remplacer temporairement » les deux appareils actuels, entrés en service en 1990 sous le président George Bush père, a-t-il défendu.
Un porte-parole de l’ambassade de l’émirat à Washington, Ali al-Ansari, a tenté d’éteindre l’incendie en déclarant dans un communiqué qu' »aucune décision n’a été prise« . « Le possible transfert d’un avion pour utilisation temporaire en tant qu’Air Force One est actuellement en discussion entre les ministères qatari et américain de la Défense« , indique-t-il. L’administration Trump considère que l’opération est légale. Des sources au sein du ministère de la Justice et de la Maison Blanche arguent notamment que le cadeau serait offert non pas à un individu en particulier mais à l’Armée de l’air, et qu’aucune faveur ne serait accordée en échange.
Mais d’après ABC News, Donald Trump pourrait continuer à l’utiliser après avoir quitté la Maison Blanche, la propriété en serait alors transférée de l’Armée de l’air à sa fondation.
Les démocrates dénoncent une « corruption à la vue de tous »
Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a plusieurs fois pesté contre les coûts de maintenance importants de ces appareils vieillissants. Le géant américain de l’aviation Boeing avait promis en 2018 de livrer deux nouveaux appareils à l’administration américaine avant fin 2024, mais l’entreprise aéronautique américaine, empêtrée dans des problèmes économiques et de qualité de production, accumule les retards. Mécontent, Donald Trump avait suggéré en février que le nouvel avion présidentiel pourrait venir « d’un autre pays« .
Un tel appareil doit être équipé d’instruments de communication de haute technologie, d’installations médicales et d’un système de défense très performant. Selon le Wall Street Journal, l’entreprise américaine L3Harris a d’ores et déjà été chargée d’adapter l’avion de luxe qatari à ces besoins. Dans un courriel adressé à ses sympathisants, le Comité national du parti démocrate a accusé Donald Trump de vouloir « s’enrichir« . Le sénateur Chris Murphy a critiqué une opération « largement illégale« , et la députée Kelly Morrison, elle aussi démocrate, a dénoncé une « corruption à la vue de tous« .
Donald Trump a affirmé, pour sa part, que ses adversaires politiques « insistent » injustement pour payer une somme considérable, ne mentionnant pas de contrepartie américaine dans cette transaction.
Un même Boeing 747-8 Jumbo offert par le Qatar avait été impliqué dans un imbroglio en Turquie en 2018. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, l’avait décrit comme un « cadeau » au pays, alors que l’opposition l’accusait de l’avoir acquis pour satisfaire des envies de luxe personnelles. De retour à la Maison Blanche depuis le début de l’année 2025, Donald Trump a pris de nombreuses mesures qui bousculent la démocratie.
AFP




