Boycott avocats Guinée – Procès du 28 septembre
29 mai 2023
Les avocats du procès du 28 septembre ont annoncé un boycott total du tribunal criminel de Dixinn, délocalisé à la Cour d’appel de Conakry. Ils dénoncent l’absence d’aide juridictionnelle, pourtant indispensable pour assurer la défense des accusés dans ce dossier lourd et sensible. Selon eux, l’État n’a pas mis à disposition les fonds prévus, malgré les dispositions légales et les financements annoncés par les partenaires internationaux.
Rappelant que le ministre de la Justice avait auparavant promis de régler la situation, Maître Paul Yomba, porte-parole du collectif, affirme aujourd’hui que « la boussole de la justice s’est abîmée ».
Il explique :
« Le ministre nous avait assuré, avant son départ à l’étranger, que la question serait réglée. À son retour, il a changé de position, déclarant que l’État ne devait rien aux accusés et qu’aucune aide juridictionnelle ne leur serait accordée. Résultat : nos confrères n’ont plus de solde, pas de salaires, et peinent à nourrir leurs familles. Certains sont même pris en charge par la Maison centrale. »
Les avocats affirment que leur mobilisation est unanime, irrévocable et irréversible tant que leurs revendications ne seront pas satisfaites.
« Aucun avocat ne reviendra au procès tant que l’État ne respectera pas la loi. Nous ne croyons plus aux promesses du département de la Justice. La justice ne peut être une boussole que si elle est orientée vers le droit », poursuit Maître Yomba au micro de FIM FM.
Interrogé sur la responsabilité de financer la défense, il clarifie :
« Beaucoup pensent que l’aide juridictionnelle est une forme de mendicité. Non. Elle est un droit prévu par la loi, notamment par l’article 12. Elle permet aux accusés de préparer leur défense et donne à l’avocat les moyens de travailler sérieusement un dossier aussi complexe. Quand on sait que l’Union européenne avait déjà débloqué les fonds, comment expliquer que ce volet ait été ignoré ? »
Maître Yomba pointe également les contradictions du ministre Charles Wright :
« On ne peut pas être soi-même et son contraire. Il avait imposé coûte que coûte la tenue du procès le 28 septembre alors que les conditions n’étaient pas réunies. Aujourd’hui, il admet que les dispositions n’étaient pas prises. Cela revient à ignorer les droits de la Défense. »
Le bras de fer entre les avocats et le ministère de la Justice plonge une nouvelle fois le procès du 28 septembre dans l’impasse, au grand regret des parties civiles et des observateurs qui espéraient une avancée significative dans ce dossier historique.
— Par Yayé Barry


